Réforme de la fonction publique wallonne : un service public fragilisé
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Derrière la "modernisation" annoncée, le Gouvernement wallon organise la disparition progressive du statut des fonctionnaires
La CSC Services publics prend acte de l’adoption par le Gouvernement wallon de la réforme visant à mettre fin à la statutarisation au sein de l’administration régionale, ainsi qu'à réformer la fonction publique "locale" dans le même sens, et à faire du contrat de travail la norme pour les futurs recrutements.
Pour notre organisation, ces réformes constituent une erreur majeure qui affaiblira durablement les garanties d’indépendance, de neutralité et de continuité du service public wallon.
Contrairement au discours gouvernemental, le statut n’est pas un privilège accordé à quelques travailleurs. Il constitue avant tout un mécanisme de protection de l’intérêt général. Depuis près d’un siècle, il garantit que les fonctionnaires puissent exercer leurs missions en toute impartialité, à l’abri des pressions politiques, économiques ou particulières.
Le statut protège certes les agents publics, mais il protège surtout les citoyens. Il permet aux fonctionnaires de prendre des décisions dans le respect de la loi et de l’intérêt général, sans craindre qu’un changement politique, une pression hiérarchique ou un conflit d’intérêts ne compromette leur indépendance professionnelle.
L’histoire de notre fonction publique n’est pas étrangère à cette réalité. Si le statut a progressivement été mis en place et consolidé au cours du XXe siècle, c’est précisément pour prémunir l’administration contre les risques de favoritisme, de clientélisme et d’interférences politiques dans la gestion quotidienne des services publics. Le statut a constitué un rempart contre l’arbitraire et une garantie que les agents puissent servir l’intérêt général plutôt qu’un intérêt particulier.
En substituant progressivement des contrats de travail au statut, le Gouvernement wallon prend le risque d’affaiblir cette protection. Même si telle n’est pas son intention affichée, cette évolution ouvre la voie à une plus grande dépendance des agents à l’égard de leur employeur et favorise, à terme, une forme de politisation rampante de l’administration. Une administration moderne doit être responsable et performante, mais elle doit aussi être indépendante. L’efficacité ne peut se construire au détriment de la neutralité.
La CSC Services publics rejette également l’argument selon lequel cette réforme rendrait automatiquement la fonction publique plus attractive et plus moderne.
Les véritables difficultés de recrutement rencontrées aujourd’hui dans les administrations publiques trouvent principalement leur origine dans d’autres facteurs : niveau des rémunérations, charge de travail, conditions d’exercice des fonctions, perspectives de carrière, reconnaissance professionnelle ou encore attractivité globale de certains métiers en pénurie.
Rien ne démontre que la suppression du statut constitue une réponse efficace à ces enjeux. Au contraire, dans de nombreux secteurs publics confrontés à des difficultés de recrutement, les travailleurs réclament davantage de stabilité, de perspectives de carrière et de reconnaissance, autant d’éléments que le statut contribue à garantir.
Par ailleurs, l’ouverture de certaines fonctions aux agents contractuels ne nécessite nullement la disparition progressive du statut. Des adaptations ciblées et concertées des règles de carrière auraient pu être envisagées sans remettre en cause un principe fondamental de la fonction publique.
Ces réformes s’inscrivent dans une vision idéologique du service public qui tend à aligner toujours davantage la gestion publique sur les règles du secteur privé. Or, l’administration publique poursuit une mission fondamentalement différente : servir l’intérêt général, garantir l’égalité de traitement des citoyens et assurer la continuité de l’action publique.
Ces missions exigent des garanties spécifiques que le statut permet précisément d’assurer.
Le débat ne porte pas sur le choix entre modernité et immobilisme. Il porte sur le modèle de fonction publique que nous voulons pour demain. Une administration au service exclusif de l’intérêt général nécessite des agents protégés dans l’exercice de leurs missions. Affaiblir le statut, c’est affaiblir l’une des garanties fondamentales d’une démocratie moderne.
Face au refus persistant du Gouvernement wallon d’entendre les préoccupations exprimées par les organisations syndicales et les agents publics, la CSC Services publics appelle les fonctionnaires wallons à participer massivement à la journée de grève du mardi 16 juin 2026 et à rejoindre la manifestation organisée à Namur. Le rassemblement est fixé à 10h30 au départ de la gare de Namur. Cette mobilisation constitue une étape essentielle pour défendre l’avenir du service public, l’indépendance de l’administration et le maintien des garanties statutaires qui protègent tant les agents que les citoyens.
Parce qu’un service public fort, impartial et indépendant est une garantie pour l’ensemble des citoyens.

