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Vous étiez 20 et 100, vous étiez des milliers

Editorial CSC-EDUC N° 157 - Mars  2022

Ce jeudi 10 février 2022, une déferlante de membres du personnel de l’enseignement a convergé vers le siège du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pas loin de 10.000 personnes ont manifesté leur colère, leur désarroi, leur découragement, et dénoncé l’état dans lequel se trouve l’enseignement. A tous ceux qui pensent qu’il s’agit d’une réaction épidermique due à la crise sanitaire, nous disons qu’ils se trompent. A tous ceux qui n’acceptent pas que les personnels se sentent méprisés, nous disons qu’ils ont probablement une mauvaise perception de la réalité du terrain. L’école et ses personnels sont en souffrance ; ils exigent le respect. Il est temps d’agir… sinon il sera trop tard.

Voici le discours prononcé à l’issue de la rencontre avec les membres du Gouvernement lors de la mobilisation.

Le 5 mai 2011, vous étiez des milliers à défiler dans les rues de Liège lors du dernier grand mouvement social dans le monde de l’enseignement.

Onze ans plus tard, vous êtes des milliers à vous être déplacés sur cette place devant le bâtiment du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles… Certains de vos collègues sont en grève… Votre présence démontre le niveau de ras-le-bol et de lassitude qui gagne chaque jour le quotidien des écoles.

MERCI A VOUS… MERCI A EUX! Ce qui est choquant et interpellant, c’est que les motifs de mécontentement de 2011 et ceux d’aujourd’hui sont exactement les mêmes : une proposition de protocole sectoriel totalement inconsistant et incohérent et une pénurie qui n’a cessé d’augmenter. Tout cela, dans un contexte sanitaire que vous subissez depuis deux ans aux dépens de votre santé et dans le cadre d’une réforme de l’enseignement appelée Pacte d’excellence.

Merci pour votre mobilisation ; grâce à votre présence en masse aujourd’hui, le Gouvernement ne peut ignorer le message que nous lui envoyons depuis de nombreux moi!

Le quotidien dans les écoles est de plus en plus difficile pour les élèves, les étudiants et les membres du personnel, et pas uniquement en raison de la grave crise sanitaire. Sans cesse, vous avez montré votre capacité d’adaptation, parce que vous êtes professionnels et responsables. Qu’on arrête de vous infantiliser!

Alors qu’on faisait de l’école et de ses personnels une priorité dans la société, certains sortaient des déclarations méprisantes et choquantes à votre encontre. Ainsi, on a appris qu’on ne fait rien dans les écoles la semaine qui précède les vacances de Noël, que les instits maternels font de l’occupationnel. D’autres faisaient du chantage en prétendant que la revalorisation salariale  ne serait possible que si la charge de travail et la taille des classes étaient revues à la hausse.  Si j’osais… allez… j’ose : il y a toujours ceux qui prétendent que les enseignants ont la vie belle grâce à des horaires hebdomadaires restreints, à plus de jours de congé que de jours de travail, ou qu’ils abusent des jours de congés de maladie. Belle récompense pour des métiers dit «essentiels»!

Depuis trop longtemps, l’enseignement fait preuve d’un manque de reconnaissance du travail effectué par ses personnels. Les enseignants en ont marre qu’on les infantilise et qu’on les juge sans cesse...

C’est dans ce contexte que vous connaissez mieux que quiconque que la pénurie frappe de plein fouet… depuis trop longtemps. La crise sanitaire en fait la parfaite démonstration.

Comment donner correctement cours dans de telles conditions ? Faut-il y voir une raison du faible nombre de candidats à l’enseignement ? De l’abandon de tant de jeunes enseignants dès le début de leur carrière ? Des départs des plus expérimentés ? Tout ce qui crée ou accentue la pénurie. Notre cahier de revendications listait pourtant une série de mesures (coûtantes et non coûtantes) pour endiguer ce véritable fléau. Qu’en a retenu le Gouvernement ? Rien… sinon l’engagement de mettre en place des groupes de travail qui n’ont qu’un mérite : exister sur le papier… et vous offrir 30 euros dans une correction du montant de la prime de fin d’année ! Votre pouvoir d’achat est oublié… Plus aucune véritable augmentation salariale depuis 2010 !!! Un comble pour des personnels «essentiels»!

Le monde de l’éducation, le service public qu’est l’enseignement, a besoin de sérénité et de respect pour que les enseignants se sentent reconnus dans leur métier et puissent l’exercer dignement.

Le protocole d’accord proposé aujourd’hui est tout sauf une programmation sociale ; les propositions gouvernementales sont largement insuffisantes ; les propositions salariales sont indécentes et les difficultés dans l’exercice quotidien du métier ne sont pas prises en considération.

Aucune réponse concrète à nos revendications... 

Comment lutter contre la pénurie de personnel?

Pourquoi autant d’abandons parmi les jeunes candidats?

Pourquoi tant de départs prématurés en fin de carrière malgré qu’ils entrainent une nette diminution des revenus?

Rien concernant les conditions de travail... 

La honte!

Le contexte budgétaire, institutionnel, est beaucoup évoqué : n’est-ce pas l’occasion, pour le Gouvernement, de faire preuve d’imagination ou de courage ? D’oser des initiatives, par exemple par une réduction du temps de travail plus tôt dans la carrière ? Par des initiatives envers les jeunes enseignants pour les encourager à rester dans le métier et susciter de nouvelles vocations?

En plus des problèmes sociaux (violences de tous types, alimentation, hétérogénéité croissante des publics, difficultés familiales,…), le contexte de crise sanitaire a sollicité les personnels de l’enseignement pour aider la société à surmonter les différents obstacles et à maintenir la jeunesse à niveau.

Le métier s’est complexifié et est devenu de plus en plus exigeant.

Le souhait de tous, c’est d’être reconnus en tant qu’acteurs sociaux : ras-le-bol d’être mis continuellement sous pression par des contraintes administratives qui vident le métier de son sens et empêchent toute liberté pédagogique. Marre des conditions de travail éprouvantes !!!

La reconnaissance et le respect passeront par de meilleures conditions salariales, un meilleur aménagement de la carrière et de meilleures conditions de travail.

Mesdames et Messieurs les Ministres,  nous vous le disons avec fermeté : c’est votre responsabilité ;  à vous de trouver les solutions indispensables pour améliorer les conditions de travail et salariales, à vous de revoir le calendrier des réformes.

Pour nous, le contexte n’est pas une fatalité. Nous entendre dire constamment que les caisses sont vides ne passe plus, d’autant qu’elles ne le sont pas pour tout le monde.

Ayez le courage politique indispensable, notamment en matière de justice fiscale, pour une véritable solidarité qui permettra d’investir dans les services publics et collectifs visant le bien-être de toutes et de tous.

Mesdames et Messieurs les Ministres, vous nous prétendez «essentiels» ; il y a longtemps que nous le savons. 

A présent, stop aux paroles… Place aux actes qui ne nous permettront plus de douter!

Roland Lahaye

Ce discours es également disponible en vidéo : discours vidéo
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