lacsce et la presse(2)

Assassiné pour avoir enseigné

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Editorial CSC-EDUC 144-Décembre 2020

En 2020, dans un pays dont la devise est «Liberté. Egalité. Fraternité», un homme est tombé. Il avait 47 ans. Il était enseignant. Il s’appelait Samuel PATY. Son nom est devenu un symbole. Il a eu un unique tort: avoir accompli la noble profession d’ENSEIGNANT. Comme lui, NOUS SOMMES PROFS.

Il y avait les journalistes; il y a maintenant les enseignants. Ca ne se passe plus à l’autre bout du monde; ça arrive dans un pays voisin et ami. Ce qu’on croyait hier impossible est devenu aujourd’hui réalité. Un enseignant a été sauvagement décapité parce qu’il assumait sa mission, fidèle aux valeurs de la République: ouvrir l’esprit critique de ses élèves… Comme si c’était un crime. 

Il y a, au-delà de ce geste ignoble et condamnable, une atteinte à nos droits fondamentaux et à la démocratie. C’est intolérable. 

L’enseignement est-il donc devenu un métier à risque?  Le débat est ouvert!

Depuis plusieurs années, nous assistons à une recrudescence d’attaques à l’encontre du corps professoral. Jusqu’ici, ces attaques étaient la plupart du temps limitées à des paroles ou à des écrits, mais pour combien de temps encore? 

Internet et les réseaux sociaux ont démultiplié les critiques car, trop souvent, seuls les médisants ou les donneurs de leçons s’y expriment. 

Là où ils servent parfois à dénoncer des actes antidémocratiques dans les dictatures en tissant des liens entre les résistants au régime, les réseaux sociaux servent chez nous d’exutoires et de caisses de résonance à ceux qui luttent contre un principe fondamental dans une société civilisée: le vivre-ensemble. Tous les jours, nous assistons, souvent bien démunis, à une déferlante de jugements, de fausses informations, de mises au pilori… Comme il est confortable de tout remettre en cause depuis son fauteuil douillet! Cette «pratique» est exacerbée dans le contexte de marché scolaire que nous connaissons et que certains ont un malin plaisir à amplifier. Mais ça, c’est un autre débat!

Les enseignants n’y échappent pas et se retrouvent dans l’œil du cyclone. De plus en plus souvent, ils sont la cible de critiques aisées. D’autres professions, la plupart du temps dans le secteur public, dressent le même constat (on pense ici aux policiers, aux facteurs,…)!

Depuis longtemps, nous savons que notre profession nous pousse à être sans cesse en mode «représentation», mais les sifflets et les jets de tomates sont beaucoup plus nombreux, visibles et audibles que les «hourras» et les bravos. C’est, qu’on le veuille ou non, une des causes de la pénurie dans notre métier. 

De plus en plus souvent, nous sommes amenés à défendre des enseignants jugés sans même pouvoir utiliser un droit de réponse. Une fois publiée sur la toile, la rumeur devient vérité. Samuel PATY en a fait les frais. Alors qu’il venait de dispenser un cours sur la liberté d’expression et l’esprit critique, un véritable complot se tramait dans une «cyber-discrétion». Cet homme était, sans le savoir, épié… jugé… et déjà condamné… à mort!

Il faut que ça cesse. Il faut que les enseignants retrouvent leur liberté d’enseigner. Sans vouloir généraliser, la noble mission d’enseigner ne peut s’exercer que dans un climat de confiance : confiance de la hiérarchie, confiance des pairs, confiance des élèves et de leurs parents.

L’école doit rester le lieu «saint» (je pourrais même écrire «sacré») où sont transmis non seulement des savoirs et des connaissances, mais aussi des savoir-être qui installeront de manière efficace les valeurs fondamentales sur lesquelles reposera la société de demain, portée par des adultes responsables, respectueux et défenseurs de la démocratie.

Notre combat est collectif. Il doit le rester. Soyons fiers d’être profs. Ne baissons pas la tête. Au contraire, relevons-là. Notre revendication tient en deux mots: respectez-nous!

Je laisse la conclusion de cet éditorial au poète chilien Pablo Neruda, qui a dit: «Ils pourront couper toutes les fleurs ; ils n’empêcheront pas la venue du printemps».

En guise de soutien et d’hommage, nous avons réagi via un communiqué à nos amis français. Son contenu repose sur les valeurs de la CSC-Enseignement. Vous pourrez le lire ci-après (cf. CSC-EDUC 144).

Roland LAHAYE, Secrétaire général

Vous pourrez retrouvez cet éditorial dans la revue CSC-EDUC 144 à paraître début décembre 2020

Téléchargement de l'éditorial 144: Edito-CSC-EDUC-144.word

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CONSULTATION  en ligne

L'indignation et la colère suite à l'assassinat du professeur Samuel Paty doivent être suivies d'effets et servir à soutenir tous les enseignants dans l'exercice de leur profession. 

A cette fin, dans le but d’une large consultation, nous vous proposons de répondre à un questionnaire en ligne réalisé par le CAL afin de permettre aux professeurs de l'enseignement obligatoire de s'exprimer, d'identifier leurs craintes, de partager leurs expériences et d'entendre les solutions qu'ils mettent en œuvre ou préconisent. 

Lien vers le questionnaire:  https://fr.surveymonkey.com/r/SRBDXV8

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