Yves Coppieters, Ministre de l’Economie Sociale?
Yves Coppieters, Ministre de l’Economie Sociale?
Auteur: Pierre Ledecq, conseiller au service d'études
Juin 2026
Alors que les mesures fédérales et régionales s’abattent sur les citoyens wallons et francophones à un rythme soutenu (1), nous sommes sans nouvelle du Ministre de l’Économie Sociale. Certes, le gouvernement wallon a d’emblée annoncé la couleur: l’économie sociale sera reléguée au second plan des politiques publiques, rattachée aux compétences déjà nombreuses d’Yves Coppieters, tant au niveau régional que communautaire (santé, environnement, action sociale, droit des femmes, égalité des chances, pauvreté,…). La déclaration de politique régionale (DPR) était elle-même peu ambitieuse et contenait en ses germes une volonté très tiède de faire mieux avec moins, à partir d’une vision technocratique de contrôle des subsides. Dix lignes en tout, à peine une phrase de plus que la défense du circuit de Spa-Francorchamps comme vitrine mondiale de la Wallonie, située juste après dans la DPR.
Le bilan du ministre, après deux ans en matière d’économie sociale, consiste essentiellement à promettre des décrets dont on ne voit pas (encore?) la couleur. Et pourtant, tout le secteur est en attente d’une réaction, notamment par rapport aux multiples mesures visant directement les structures non-marchandes qui partent de son partenaire de Gouvernement, le Ministre des expériences de travail, Pierre-Yves Jeholet. Car ce dernier avance. Citons pêle-mêle: la fin des subsides facultatifs, le gel des subsides aux acteurs de l’ISP et une réforme qui va les fragiliser dans leur fonctionnement, la fin du dispositif SINE (qui permet à de multiples entreprises d’insertion de survivre), un moratoire sur les dispositifs IDESS, la fin amorcée des expérimentations Territoires Zéro Chômeurs de Longue Durée (rebaptisée à l’occasion Territoires de Réparation en Économie Sociale – ce qui révèle d’ailleurs la totale incompréhension de ce dispositif innovant), la réforme APE et ses multiples incertitudes, l’annonce d’une cure d’austérité de 2 milliards sans doute à nouveau à charge du secteur non-marchand et de l’économie sociale,… Il n’est pas innocent que les employeurs et représentants d’employeurs du non-marchand (2) et de l’économie sociale étaient présents en masse lors d’une manifestation syndicale à Namur le 16 juin dernier.
Tous ces acteurs sont inquiets. Y a-t-il un Ministre dans l’avion? Aura-t-il le courage de changer son fusil d’épaule, et de s’opposer – même indirectement – à son partenaire MR de gouvernement, Pierre-Yves Jeholet? Défendra-t-il, par exemple, le secteur des titres-services dans l’économie sociale, seul segment d’un secteur capable de s’ancrer durablement dans le tissu wallon?
Lors de la DPR, le Gouvernement avait choisi habilement de joindre leurs slogans : « Le courage de changer, pour que l’avenir s’éclaire. » Force est de constater que deux ans plus tard, l’avenir s’obscurcit pour les travailleurs, travailleuses, bénéficiaires de l’économie sociale… où , pour l’instant, rien n’avance dans le bon sens.
(1) Pensons en premier lieu à la catastrophe des 100.000 demandeurs d’emplois exclus en 2026.
(2) Par exemple, cette réaction d’UNIPSO
