Titres-services et économie sociale d’insertionPrès de 700 travailleuses bientôt licenciées à Bruxelles
Titres-services et économie sociale d’insertion: près de 700 travailleuses bientôt licenciées à Bruxelles
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Auteur: Benoit Dassy, secrétaire général bruxellois
Mai 2026
La CSC bruxelloise, la CSC Alimentation et Services, ainsi que la Febisp, fédération de l’économie sociale, alertent sur une décision aux conséquences sociales majeures : l’exclusion annoncée des entreprises d’économie sociale d’insertion du dispositif des titres-services en Région de Bruxelles-Capitale. Cette décision condamne quatorze structures, dont cinq Agences Locales pour l’Emploi, et les pousse vers la faillite. À terme, seuls les opérateurs marchands pourraient encore exercer dans le secteur.
Les conséquences humaines sont considérables. 735 emplois sont directement menacés, dont 683 aides-ménagères. Ces travailleuses sont majoritairement des femmes peu qualifiées, souvent d’origine extra-européenne, fréquemment cheffes de famille et parmi les plus éloignées du marché du travail. Pour beaucoup, cette décision signifie un licenciement pur et simple.
À Bruxelles, les titres-services représentent plus de 25 000 emplois et plus de 308 millions d’euros de financement public. Si l’économie sociale d’insertion n’en capte qu’une part marginale, elle concentre pourtant l’effort là où le secteur marchand échoue: l’insertion professionnelle de publics fragilisés. Supprimer ces acteurs ne créera aucun emploi supplémentaire; cela libérera des parts de marché au profit d’opérateurs à but lucratif, au détriment de la qualité de l’emploi et de l’objectif régional d’augmentation du taux d’emploi.
Cette orientation repose sur une interprétation restrictive de l’arrêté royal du 22 février 2024. Le ministre de l’Emploi, Laurent Hublet (Les Engagés), confirme que l’incompatibilité entre titres-services et projets d’économie sociale d’insertion devra s’appliquer pleinement au 1er janvier 2027, en présentant cette décision comme une simple application du cadre légal existant.
Pourtant, cette lecture marque une rupture brutale avec les pratiques jusqu’ici validées par les pouvoirs publics. Le Gouvernement n’a mené aucune concertation sociale transparente: le Conseil consultatif de l’entrepreneuriat social n’a pas été consulté et l’exclusion de l’économie sociale n’a jamais été explicitement présentée dans les documents gouvernementaux. En 2024 pourtant, plusieurs de ces entreprises sociales ont répondu à des appels à projets régionaux, ont été sélectionnées et ont vu leurs mandats prolongés jusqu’en 2026, sans le moindre signal d’un changement de cap.
Dans l’économie sociale, les aides-ménagères bénéficient aujourd’hui des conditions de travail les plus protectrices du secteur: encadrement renforcé, formation, accompagnement social et stabilité de l’emploi. C’est le cœur même de l’insertion par le travail. Face à un calendrier précipité et à l’insécurité qu’il fait peser sur les travailleuses, la CSC réclame le maintien du cadre actuel et l’ouverture d’une réelle concertation sociale en vue de modifier le cadre légal excluant l’économie sociale des activités de Titres-Services. La mobilisation a contraint le Ministre à ouvrir le dialogue; celui-ci doit désormais déboucher sur des choix cohérents avec les ambitions sociales et d’emploi de la Région bruxelloise.
