Taxer les machines ou l’immobilier? La Wallonie face à un choix stratégique
Taxer les machines ou l’immobilier? La Wallonie face à un choix stratégique
Auteure: Muriel Ruol, conseillère au service d'études
Mars 2026
Le gel par le gouvernement wallon de la taxe sur la force motrice et du matériel et outillage relance un débat crucial: faut-il taxer les investissements productifs? Au-delà des finances publiques, la fiscalité devient ici un levier de politique industrielle. La Wallonie se retrouve face à un choix stratégique: quel capital taxer, et avec quelles conséquences?
1. Taxer l’investissement productif: un levier possible, mais à manier avec prudence
Lors du Plan Marshall (2006), un rare consensus avait émergé: tous les interlocuteurs sociaux — syndicats compris — s’étaient accordés pour exonérer les entreprises de la taxe locale sur la "force motrice" et de la taxe régionale sur le "matériel et l’outillage". Cette double taxe envoyait un signal industriel négatif, incompatible avec la réindustrialisation et la création d’emplois. La Région avait donc supprimé les deux impôts et compensé les communes pour éviter tout manque à gagner.
Vingt ans plus tard, certains envisagent à nouveau de taxer les équipements productifs pour compenser la baisse des cotisations sociales liée à l’automatisation. L’idée paraît intuitive: "si les machines remplacent du travail humain, pourquoi ne pas les taxer ?”.
Mais ce levier, s’il existe, doit être manié avec prudence. Une taxe sur l’investissement productif peut freiner l’innovation, alors même que l’industrie wallonne doit investir pour maintenir des emplois durables. Autrement dit, "taxer les machines" n’est pas un tabou, mais ce choix doit être évalué au regard de ses effets sur la capacité d’investir et sur la dynamique industrielle. Le défi consiste donc à mieux répartir la charge fiscale entre le travail et le capital, en ciblant des formes de capital qui n’entravent pas l’investissement productif.
2. Déplacer la charge vers les communes: un risque social majeur
La Région a choisi de compenser la perte de recettes locales en 2026. Elle évite que les communes ne se retrouvent face à un choix difficile: réduire la qualité des services collectifs ou introduire de nouvelles taxes. Le débat ne porte donc pas seulement sur quoi taxer, mais aussi sur qui supporte la charge. Une réforme fiscale ne peut être soutenable socialement que si elle préserve la capacité des communes à offrir des services de qualité à sa population.
3. Renoncer à baisser « l’impôt sur la mort » : une troisième voie trop vite écartée?
Pour préserver à la fois les finances régionales et locales, une autre voie existait: ne pas réduire les droits d’enregistrement ni, à l’avenir, les droits de succession.
Au vu des conséquences brutales de la suppression de ces deux impôts – qui selon la Cour des comptes représente une baisse de recettes fiscales de près de 1,5 milliard d’euros d’ici 2029 – la Wallonie ne pourra sans doute pas faire l’économie d’un débat sur la réforme annoncée des droits de succession. Histoire de retrouver des marges de manœuvre budgétaires de quelques 600 millions d’ici 2029 pour sortir de l’impasse et d’assurer à la fois des recettes communales stables sans menacer les investissements productifs…
