Cette période d’essai laisse un goût particulièrement amer
Cette période d’essai laisse un goût particulièrement amer
Auteur: Piet Van Den Bergh, conseiller au service d'études
Février 2026
"Après concertation avec les interlocuteurs sociaux, nous réintroduisons la période d’essai", stipule l’accord de gouvernement. Cette référence à la concertation avec les interlocuteurs sociaux n’est là que pour la forme: la suppression de la période d’essai faisait partie de l’accord tripartite de 2013 instaurant le statut unique, notamment en matière de préavis.
Certes, tout dispositif peut être renégocié, mais la phrase suivante de l’accord de gouvernement balaie d’emblée cette possibilité: le délai de préavis sera d’une semaine pendant les six premiers mois d’occupation, point final. Pour qui sait lire entre les lignes, le gouvernement s’immisce dans la concertation sociale et réduit la protection contre le licenciement à une semaine pendant au moins les six premiers mois.
Au moins? En réalité, de nombreux travailleurs ne bénéficient déjà aujourd’hui que d’une semaine de protection contre le licenciement pendant les six premiers mois. Beaucoup commencent leur parcours sous contrats hebdomadaires d’intérim pendant trois mois ou plus, avant d’obtenir un contrat fixe qui ne leur garantit que le délai de préavis actuel d’une semaine pendant les trois premiers mois.
La demande des syndicats de valider les périodes prestées en tant qu’intérimaire ne trouve aucun écho auprès du ministre de l’Emploi. Le fait que la règle actuelle permettant de prendre en compte l’ancienneté acquise comme intérimaire soit aisément contournée ne semble pas le concerner. Par conséquent, les travailleurs risquent désormais de devoir travailler jusqu’à un an ou plus, avec une protection contre le licenciement limitée à une seule semaine.
Après avoir, ces derniers mois, stigmatisé les chômeurs de façon caricaturale, le gouvernement adresse à présent le message suivant aux travailleurs: après des mois d’efforts dans une entreprise, vous obtenez enfin un contrat stable et vous êtes licencié, quelle qu’en soit la raison… débrouillez-vous avec vos allocations de chômage pour subvenir aux besoins de votre famille et acceptez n’importe quel emploi au plus vite pour éviter l’huissier.
Le gouvernement estime que les délais de préavis, qui devaient permettre aux travailleurs de trouver un nouvel emploi convenable, sont désormais dépassés. La Belgique viole ainsi la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la Charte sociale européenne du Conseil de l’Europe. Les allocations de chômage ne devraient servir de filet de sécurité qu’aux travailleurs qui ne parviennent pas à retrouver un emploi dans un délai raisonnable.
Selon le droit belge, un travailleur n’a pas non plus le droit de connaître les motifs de son licenciement pendant les six premiers mois. Le signal envoyé par le gouvernement en est d’autant plus amer: être licencié sans même savoir pourquoi. C’est un grand classique des tribunaux du travail: des travailleurs se voient reprocher divers manquements, sans avoir jamais reçu, avant leur licenciement, la moindre remarque ou critique constructive. Bien des drames pourraient être évités si le gouvernement, dans sa tentative dérisoire de présenter cette mesure comme une période d’essai, étendait l’obligation de motivation du licenciement aux six premiers mois.
Dans l’intérêt de qui le gouvernement agit-il? Les employeurs ont manifestement tout à gagner d’un délai de préavis quasi gratuit. Les travailleurs, en revanche, n’y trouvent évidemment aucun avantage. Ils perdent non seulement la possibilité de se réorienter, mais aussi de se constituer des droits sociaux. Le marché du travail n’a aucun intérêt non plus à ce que les travailleurs soient contraints d’accepter le premier emploi disponible, même s’ils sont, par exemple, surqualifiés.
Quant à l’impact budgétaire? En 2024, les indemnités de rupture – deux milliards d’euros – ont généré plus d’un milliard d’euros en cotisations sociales et en impôts. Même si les six premiers mois concernent des périodes plus courtes, le nombre de licenciements y est particulièrement élevé. La perte de recettes – probablement supérieure à 100 millions d’euros par an – la hausse des dépenses pour l’ONEm, les soi-disant effets de retour, etc. ne sont pas chiffrés à ce jour.
Cette période d’essai laisse un goût particulièrement amer.
