Les ALE, une conséquence oubliée de la limitation des allocations de chômage
Les ALE, une conséquence oubliée de la limitation des allocations de chômage
Auteur: Benoît Dassy, secrétaire régional bruxellois
Février 2026
La semaine dernière, le gouvernement a approuvé un projet visant à répondre aux difficultés rencontrées par les travailleurs ALE bruxellois.
Les ALE (Agences locales pour l’emploi), organisées au niveau communal, permettent à des chômeurs de longue durée d’exercer certaines activités tout en conservant leurs allocations de chômage, en échange d’une rémunération de 4,10 euros de l’heure. Au fil du temps, ce dispositif est devenu indispensable au bon fonctionnement des services publics: accueil des enfants, accompagnement dans les bus scolaires, surveillance pendant la pause de midi, entretien des espaces verts, transport des personnes âgées, etc.
Comme les autorités locales et les écoles sont devenues très dépendantes de cette main-d’œuvre peu coûteuse et que les partis de l’Arizona ont "oublié" cette réalité lorsqu’ils ont décidé de limiter les allocations de chômage, le dossier s’est soudainement retrouvé en tête des priorités politiques.
La solution proposée à Bruxelles nous réjouit peu en tant que syndicat. Elle est d’ailleurs présentée comme une mesure temporaire, dans l’attente d’une éventuelle réforme du système par un futur gouvernement. Face à l’urgence, les conditions d’accès au statut de travailleur ALE ont été élargies à pratiquement tous les demandeurs d’emploi (même ceux qui ne perçoivent pas d’allocations). En d’autres termes, l’État pourra employer des personnes à 4,10 euros de l’heure, sans complément d’allocation et sans constitution de droits sociaux. Ce dispositif est non seulement contraire aux législations internationale, européenne et nationale relatives au salaire minimum, mais constitue également une forme d’exploitation.
Le "problème" urgent auquel font face les ALE est multiple:
- il montre que les demandeurs d’emploi ne peuvent pas tous être occupés pleinement dans l’économie régulière;
- il révèle le sous-financement structurel de l’enseignement, des services publics et d’autres secteurs non marchands;
- et il confirme que ces travailleurs accomplissent bel et bien un travail essentiel au bon fonctionnement de notre société.
Nous appelons donc les décideurs politiques à changer d’approche: il est indispensable de créer des emplois adaptés, permettant à chacun de contribuer utilement, y compris et surtout les personnes les plus éloignées du marché du travail. Il est nécessaire d’investir dans l’économie sociale, de reconnaître la valeur du travail accompli et de garantir un salaire décent et des droits sociaux à celles et ceux qui contribuent à notre société.
En d’autres termes, des solutions concrètes doivent être mises en place pour les travailleurs ALE, en transformant ce système en "véritables" contrats de travail relevant de l’économie sociale (d’insertion).
