L’insertion socioprofessionnelle en péril: quel est l’objectif du gouvernement wallon?
L’insertion socioprofessionnelle en péril: quel est l’objectif du gouvernement wallon?
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Auteur: Pierre Ledecq, conseiller au service d'étude
Février 2026
Le gouvernement Wallon veut orienter le secteur vers la mise à l’emploi uniquement (1) et a pris une série de mesures qui vont affaiblir les capacités d’action des centres. Outre une diminution des subsides, les centres ne pourront plus bénéficier d’une certaine souplesse; la durée d’agrément va se raccourcir, mettant en difficulté l’organisation et la planification des activités. Les formations pré-qualifiantes (indispensables pour lever les nombreux freins à l’emploi que rencontrent les publics fragilisés) devront mener à l’emploi, faute de quoi elles ne seront plus financées. Le gouvernement prévoit également que les bénéficiaires devront être remis à l’emploi ou en formation qualifiante endéans les 4 mois de leur arrivée, pour que cela soit comptabilisé comme une sortie positive.
Cette volonté de mise à l’emploi accélérée, sur papier, personne ne la conteste. Mais elle se heurte à la réalité des faits, nécessairement plus complexes.
Premièrement, les CISP ne peuvent pas mettre à l’emploi des gens, s’il n’y a pas d’emploi en suffisance sur le territoire. La formation ne crée pas d’emploi, l’insertion socio-professionnelle ne crée pas d’emploi.
Deuxièmement, les publics qui fréquentent les CISP sont des demandeurs d’emploi de longue durée, adressé dans les CISP via le Forem ou le CPAS. Ces personnes sont pour la plupart infra-qualifiées et cumulent souvent des problèmes de logement, de mobilité, de santé, etc. La plupart ne sont pas prêts à l’emploi: on ne peut pas les activer en poussant sur un bouton magique. Ce parcours vers l’emploi nécessite de redonner d’abord confiance en ces personnes, qui, justement, n’ont plus confiance ni en eux ni dans les institutions sensées les accompagner.
Troisièmement, ces réformes brutales se décident dans l’urgence, avec une concertation minimale du secteur, alors qu’un nouveau décret CISP aurait pu prendre le temps de digérer le bouleversement majeur à l’œuvre dans la politique voulue par le gouvernement fédéral: l’exclusion de 100.000 demandeurs d’emplois wallons des allocations de chômage. À l’heure où la Wallonie doit absorber ces dizaines de milliers de personnes jetées au CPAS ou dans la forêt de Sherwood, le secteur de l’ISP aurait du être refinancé, soutenu et consolidé dans ses missions.
Pourquoi cette mise à sac du secteur aujourd’hui? S’agit-il d’une méconnaissance du secteur, de ses spécificités, et de ses publics? D’un mépris pour un secteur vu comme un repaire de « gauchos »? D’une volonté de ne s’occuper que des "bons" chômeurs, au détriment des "faignasses"?
Une dernière hypothèse pourrait être celle de la continuation d’une logique de privatisation du secteur de l’insertion. Le gouvernement Wallon ne s’en cache pas, il veut être le premier partenaire des entreprises, et répondre en priorité aux "besoins des entreprises". En effet, à travers la logique d’appels à projets, le secteur de l’intérim s’immisce de plus en plus dans l’accompagnement des demandeurs d’emplois. Il y a de nouvelles parts de marché à prendre.
Malheureusement, les logiques marchandes n’ont que faire des personnes moins employables. Il y a donc fort à parier que ces publics-là, déjà précaires, ne seront plus accompagnés par personne.
