Le gouvernement persiste à s'attaquer aux revenus des plus démunis
L’indexation plafonnée: renvoyons rapidement ce chameau dans le désert!
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Autrices: Ann Vermorgen & Marie-Hélène Ska
Avril 2026
Une fois de plus, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues. Certains, qui prétendent rester indifférents face aux manifestations et à la forte participation, veulent soudainement comparer les chiffres. Qu’ils ne se fassent pas d’illusions : l’indignation et la colère des travailleurs face à la politique de ce gouvernement ne font que croître. Et celui-ci ne peut s’en prendre qu’à lui-même.
La semaine dernière, la réforme des pensions était à l'ordre du jour au Parlement. Le vote a été reporté, en partie à cause de ces milliers de manifestants. Une réforme dont le Bureau du Plan indique qu'elle n'atteint pas l'égalité que le gouvernement prétend rechercher, mais qu'elle pénalise, de manière disproportionnée et rétroactive, les femmes, les personnes qui ont des carrières irrégulières et tous ceux qui travaillent dans le secteur public.
Les dégâts causés par cette réforme semblent générer un solde budgétaire positif, mais c’est surtout parce qu’on occulte complètement le coût social. Le pouvoir d’achat diminue, la pauvreté augmente, toute solidarité familiale intergénérationnelle est démantelée. Il n’est jamais trop tard pour réorienter la politique vers une approche plus consensuelle et plus sociale. Mais, dans ce cas, le gouvernement doit abandonner ses dogmes.
Or, c’est clairement là que le bât blesse. Ce gouvernement se trouve dans une impasse sur la question de l’indexation plafonnée. Il s'obstine aveuglément à intervenir de manière unilatérale sur l'index et la formation des salaires: il prélève une partie du salaire, au détriment du revenu disponible et de la paix sociale dans les entreprises et les secteurs où les barèmes sont remis en cause. Pourtant, les interlocuteurs sociaux viennent de conclure un accord qui garantit la stabilité de l'indexation, pour tout le monde, y compris le secteur public et les allocations sociales.
Contrairement aux affirmations de certains, les prévisions du Bureau du Plan montrent que les éventuels décalages de l’indexation - tels que proposés par les interlocuteurs sociaux - seront neutres pour chaque individu d’ici la fin de la législature. De plus, le gouvernement passe sous silence le tarif social de l’énergie. L'introduction d'une compensation forfaitaire, inscrite dans l'accord de gouvernement, constitue quant à elle un petit hold-up sur le revenu disponible et la protection des plus démunis. L’accord apporte donc aussi la protection nécessaire. Toutefois, la décision de ce gouvernement, de reporter de deux mois toutes les indexations des allocations et des salaires dans le secteur public, nous préoccupe bien davantage. Certains semblent soudainement l’avoir oubliée.
Sur le plan budgétaire, il apparaît clairement que la proposition des interlocuteurs sociaux est bien positive, si on prend en compte tous les paramètres correctement. Si la cotisation de modération salariale est correctement modélisée, il existe même une marge pour apporter les corrections nécessaires aux allocations et au secteur public, ce qui est d'ailleurs demandé dans l'accord.
Ce gouvernement, qui affirme vouloir respecter les interlocuteurs sociaux et qui souhaite également se prendre au sérieux, semble en outre prendre quelques libertés avec les règles et la législation dans son argumentation. L’Organisation internationale du travail a déjà condamné la Belgique pour violation du droit à la négociation collective, une plainte qui est toujours en cours. Apparemment, ce gouvernement est déterminé à ajouter une nouvelle condamnation à son palmarès.
Bref, le chameau de l’indexation plafonnée sera bientôt renvoyé dans le désert. Si le gouvernement n'ose pas s’en charger, le Parlement devrait peut-être oser lui donner le coup de grâce.
