Flexi-jobs généralisés: malgré les alertes de l’OIT, le gouvernement Arizona persiste
Flexi-jobs généralisés: malgré les alertes de l’OIT, le gouvernement Arizona persiste
Auteur: Alexis Felahi, conseiller au service d'études
Mai 2026
Le 30 avril dernier, le gouvernement a approuvé l’extension des flexi-jobs à l’ensemble des secteurs. Or, la Belgique figure sur la liste préliminaire des cas susceptibles d’être examinés au sein de la Commission d’application des normes (CAN) de l’Organisation internationale du travail (OIT)(1).
La Belgique est épinglée par le rapport de la Commission d’experts de l’OIT au sujet de l’application qu’elle fait de la Convention 122 de l’OIT(2) portant sur la politique de l’emploi.
Cette convention, ratifiée par la Belgique en 1969, invite les Etats membres à développer une politique de l’emploi qui garantisse « (a) qu'il y aura du travail pour toutes les personnes disponibles et en quête de travail; (b) que ce travail sera aussi productif que possible; (c) qu'il y aura libre choix de l'emploi et que chaque travailleur aura toutes possibilités d'acquérir les qualifications nécessaires pour occuper un emploi qui lui convienne et d'utiliser, dans cet emploi, ses qualifications ainsi que ses dons […] ».
Au sujet des flexi-jobs, la Commission d’experts de l’OIT a relevé les préoccupations syndicales « selon lesquelles l’expansion des flexi-jobs constitue un «risque réel d’éviction progressive de l’emploi de qualité ». [La Commission d’experts] note que ces préoccupations coïncident avec les analyses de la Commission européenne dans le cadre du Semestre européen 2024, qui […] soulignent les risques de segmentation du marché du travail et de pauvreté au travail liés à la prolifération des contrats atypiques. Rappelant que la convention no 122 vise à promouvoir un emploi productif […], ce qui implique une dimension qualitative comme souligné dans ses études d’ensemble de 2010 et 2020, la commission [d’experts] prie le gouvernement de fournir une analyse détaillée sur la manière dont il garantit que la poursuite de l’objectif quantitatif de 80 pour cent ne se fait pas au détriment de la qualité et de la stabilité de l’emploi. Elle le prie en particulier de fournir des informations sur les mécanismes de suivi en place pour évaluer et prévenir les effets de substitution (le remplacement d’emplois réguliers par des flexi-jobs) ».
Le gouvernement vient d’étendre les flexi-jobs à tous les secteurs, ce qui rend la situation encore plus problématique au regard de la Convention 122.
D’autres éléments interpellant quant à la politique de l’emploi en Belgique ont été soulevés par la Commission d’experts. Il s’agit notamment des écarts de taux d’emploi concernant les femmes, les personnes âgées, les personnes nées à l’étranger et celles en situation de handicap ainsi que l’exclusion du droit individuel à la formation des travailleurs des très petites entreprises, des travailleurs indépendants et des travailleurs atypiques.
Les politiques actuellement menées par les gouvernements fédéral et régionaux ne font que renforcer les critiques formulées quant aux choix politiques posés en matière de politique de l’emploi.
Que la Belgique figure sur la liste préliminaire des cas susceptibles d‘être examinés par la CAN en juin prochain constitue un signal fort: les politiques menées par la Belgique sont en porte-à-faux avec ses engagements internationaux. Alors que plusieurs autres réformes sont en discussion, le gouvernement ferait mieux d’accorder davantage d’attention à la qualité de l’emploi, pour être en conformité avec le droit national et international, plutôt que de s’entêter à défendre ses propres propositions.
(1) https://www.ilo.org/sites/default/files/2026-04/CAN-2026-Liste%20pr%C3%A9liminaire%20des%20cas-FR.pdf
(2) https://normlex.ilo.org/dyn/nrmlx_fr/f?p=NORMLEXPUB:13100:0::NO::P13100_COMMENT_ID%2CP13100_COUNTRY_ID:4460515%2C102560
