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Op de bank voor de flexi-jobs

Annualisation: les flexi-jobs évincent les emplois ordinaires

Auteur:  Bart Vannetelbosch, secrétaire national CSC

Juin 2026

À partir du 1er juillet, les flexi-jobs pourront être utilisés dans presque tous les secteurs. S’agit-il d’une solution pratique en période de forte activité? Ou vaut-il mieux instaurer des horaires « accordéon »?

L'objectif de l’avant-projet de loi sur l'annualisation du temps de travail, décrit dans l'accord de gouvernement sous le terme d'« horaires accordéon », est de lisser les pics d'activité en les compensant par des périodes de moindre activité. Cet avant-projet autorise des semaines de travail de 50 à 60 heures, ce qui est contraire à la directive européenne sur le temps de travail. Le ministre l'écrit noir sur blanc dans l'exposé des motifs de son avant-projet de loi : pour autant que les conditions et les limites de ce nouveau régime de travail – notamment 50 à 60 heures par semaine et jusqu'à 12 heures par jour – soient respectées, les heures prestées selon ce régime de travail ne donneront pas droit à un sursalaire. Travailler autant d'heures peut sembler attrayant, mais cela nuit à la santé. Jusqu'à présent, les heures supplémentaires donnent droit à un supplément. Ce supplément répond à une double finalité. Premièrement, récompenser le travailleur pour son travail supplémentaire et nuisible pour la santé. Deuxièmement, à rendre ces conditions de travail malsaines plus coûteuses pour l’employeur et donc moins attractives.

Toutefois, l'avant-projet de loi affirme que la protection et la compensation des travailleurs concernés ne seraient plus nécessaires. Nos calculs montrent qu'un travailleur moyen du secteur logistique pourrait ainsi perdre 377 euros nets par an. Il s'agit d'une rémunération que les employeurs versent aujourd'hui aux travailleurs qui effectuent ponctuellement des heures supplémentaires. Ces 377 euros correspondent à ce que gagnent aujourd'hui les travailleurs acharnés flamands, wallons ou bruxellois pour les heures supplémentaires qu'ils effectuent. Fini tout ça: les travailleurs fixes pourront être mis de côté pendant les périodes de moindre activité. Pourtant, l’accord de gouvernement prévoit l’introduction de l’annualisation du temps de travail sans perte de pouvoir d’achat.

Certains avancent publiquement, en guise de maigre défense, que « l’introduction de l’annualisation n’empêche pas au moins certains travailleurs de continuer à effectuer des heures supplémentaires avec supplément ». En théorie, tout est possible, mais cela n’a rien à voir avec le fond du problème. Lisser les pics d'activité par des périodes creuses – durant lesquelles les travailleurs sont tout simplement mis à l’écart – ne permettra jamais un équilibre parfait. Une perte de 377 euros sur une année pourrait ne s’élever qu’à 350 euros l’année suivante. Mais tant que l’objectif restera d’éviter de payer des sursalaires, comme le ministre l’écrit lui-même dans l’exposé des motifs de l’avant-projet, la perte de pouvoir d’achat sera inévitable. Interrogé par VRT NWS, le ministre Clarinval a esquivé cette question en soulignant la flexibilité que cette réforme offrirait aux travailleurs pour adapter leurs horaires à « leur vie personnelle et familiale ». Pourtant, cette flexibilité n’est évoquée nulle part dans les dix-sept pages de l'avant-projet de loi. Ce dernier semble avoir été rédigé sur mesure pour les entreprises, voire même par celles-ci. 

Si la perte de pouvoir d'achat n'est qu’un effet secondaire du projet de loi, quel est alors le véritable objectif de cette réforme ? Opposer les travailleurs fixes aux travailleurs flexibles? Nous recevons des témoignages de travailleurs fixes du secteur de l’horeca qui sont mis de côté certains jours, car il y a suffisamment d’étudiants et de flexi-jobistes pour prendre le relais. Pour un exploitant horeca, la différence entre le coût salarial et le salaire net est en effet bien plus faible pour les étudiants et les flexi-jobistes que pour les travailleurs fixes. Il minimise donc ses coûts en remplaçant ses travailleurs fixes.

Qu’un exploitant horeca opère de tels choix est une chose. Mais qu’un gouvernement encourage cette pratique dans tous les secteurs en étendant les flexi-jobs dans tous les secteurs et en permettant aux employeurs de mettre de côté les travailleurs fixes grâce à l’annualisation, c’est de la folie. Qu'un ministre de l'Emploi ose encore présenter cette réforme comme étant dans l'intérêt des travailleurs, voilà qui témoigne d'un profond mépris pour la vérité.