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PNEC 2040: planifier la transition, c’est préparer aujourd’hui l’économie et les emplois de demain

PNEC 2040: planifier la transition, c’est préparer aujourd’hui l’économie et les emplois de demain

Parlement wallonie Bruxelles

© Shutterstock

Auteur: Romain Consiglio, conseiller au service d'études

Octobre 2026

La Belgique doit préparer son prochain Plan national énergie-climat (PNEC) pour 2031-2040. Celui-ci ne peut se limiter à une addition d’objectifs et de mesures sans cohérence d’ensemble. Il doit devenir une véritable feuille de route sociale, économique et environnementale, construite avec les travailleurs, afin de garantir une transition juste.

L’Union européenne vise la neutralité climatique en 2050. Après l’objectif de réduction nette des émissions d’au moins 55 % en 2030 par rapport à 1990, une nouvelle étape de 90 % à l’horizon 2040 a été fixée. Les États membres devront remettre un projet de PNEC à la Commission européenne en janvier 2028, puis une version définitive un an plus tard. Ce plan sera donc un instrument central pour orienter la politique climatique de la Belgique dans la prochaine décennie.

Un retard qui impose de changer de méthode

La Belgique n’est pas sur la trajectoire nécessaire pour atteindre ses objectifs 2030. Les projections disponibles indiquent une réduction d’environ 42,6 % des émissions, contre un objectif de 47 %. Le transport reste particulièrement problématique puisque ses émissions ont augmenté significativement depuis 1990, tandis que les émissions industrielles et liées au bâtiment sont reparties à la hausse en 2024 après une période de diminution. 

La Commission européenne identifie en outre des faiblesses en termes de planification socio-économique dans le PNEC belge actuel: évaluation macroéconomique insuffisante, analyse incomplète des besoins d’investissement, manque de détails sur les moyens consacrés à la transition juste – y compris en termes de préparation du plan social climat – et analyse des effets sur l’emploi et les compétences trop inégale entre Régions. Il faut noter qu’à ce jour, la Belgique n’a toujours pas finalisé son Plan social climat, un plan sans lequel elle ne peut bénéficier de fonds européens clés pour permettre d’atténuer les effets sociaux de la transition.
Le prochain PNEC devra donc non seulement être ambitieux et soutenu par une réelle volonté politique, mais aussi fondé sur des données robustes, des scénarios crédibles et un suivi permettant de piloter sa mise en œuvre, y compris en matière de transition juste.

S’inspirer des bonnes pratiques: le PNEC espagnol

La planification climatique doit permettre d’anticiper les transformations plutôt que de les subir. Le plan espagnol montre une voie intéressante: il chiffre les investissements, estime leurs retombées économiques et prévoit jusqu’à 560 000 emplois supplémentaires d’ici 2030. Il organise également la formation dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, ainsi que la reconversion et l’accompagnement des travailleurs dans les territoires affectés par les mutations industrielles.

Son plan identifie finalement les effets attendus des investissements par secteur et intègre la précarité énergétique, tout en prévoyant la concertation avec les partenaires sociaux et les acteurs locaux aux différentes étapes du processus.

Autant d’éléments qui pourraient aider la Belgique à mieux anticiper les conséquences économiques et sociales de ses choix climatiques et à les traduire en mesures concrètes, financées et évaluables dans son prochain PNEC.

Faire du PNEC un véritable projet de société

Le PNEC 2040 appelle un véritable exercice de coordination interfédérale, fondé sur des données et des modélisations harmonisées pour évaluer les besoins d’investissement, anticiper les effets sur les émissions, les perspectives économiques et l’emploi, et assurer le suivi des engagements.

L’enjeu n’est pas seulement de réduire les émissions, mais de construire un avenir désirable : une économie plus résiliente, durable et juste, une énergie propre et abordable, des logements mieux isolés, une mobilité accessible, une industrie modernisée et des emplois de qualité.

Le potentiel existe: des études estiment que la transition climatique pourrait entraîner un gain net d’emploi de l’ordre de 1 à 1,7% en Belgique d’ici 2030. Ces gains ne sont toutefois pas automatiques: ils supposent d’anticiper les besoins de compétences, d’organiser les reconversions et de garantir que les travailleurs et les territoires puissent bénéficier de la transition, en concertation avec les organisations qui les représentent.

Le PNEC doit donc être à la fois un outil de pilotage crédible et le support d’un projet collectif, durable, juste et porteur de perspectives.