Réforme des aides à la formation en Région wallonne: pourquoi jeter le bébé avec l’eau du bain?
Budget wallon 2027-2029: des choix coûteux socialement qui hypothèquent l’avenir de la Wallonie
Autrice: Muriel Ruol, conseillers au service d'études
Octobre 2026
À l’entendre, le gouvernement wallon préparerait l’avenir en revenant à l’équilibre budgétaire dès 2029. Pour la CSC wallonne, rien n’est moins sûr.
La question n’est pas seulement de savoir si cette trajectoire est possible, mais si elle est souhaitable socialement. En choisissant d’assainir les finances publiques plus rapidement que ne l’exigerait la trajectoire européenne de référence, le gouvernement fait un choix politique dont le coût social est considérable. L’effort pèsera sur les travailleurs, les familles, les services publics, les communes et une Fédération Wallonie-Bruxelles déjà fragilisée.
Des reculs évités grâce aux mobilisations
La mobilisation syndicale semble avoir produit des résultats tangibles. L’indexation des allocations familiales est maintenue, tout comme les suppléments sociaux et l’universalité du système.
Le gouvernement a également corrigé sa réforme des droits de succession pour limiter son coût. Il maintient toutefois sa réforme des droits de donation. Ce décalage affaiblit la portée redistributive de l’impôt successoral. Ainsi, d’après une étude de l’Université de Gand, le top 1 % des patrimoines belges concentre 58 % des donations réalisées avant le décès contre 15 % des montants transmis par succession. Outre son caractère inégalitaire, ce décalage coûte ainsi à la Wallonie quelque 100 millions d’euros par an.
Un pouvoir d’achat en trompe-l’œil
Malgré sa portée médiatique, le "job bonus" ne constitue pas une réponse universelle au pouvoir d’achat. D’abord parce qu’elle exclut d’emblée près de 60% de la population en âge de travailler; ensuite parce qu’elle ne produira d’effets qu’en 2028. Dans le même temps, les ménages subiront d’autres coûts: vignette automobile, hausse des titres-services et économies à l’AViQ. Le pouvoir d’achat est loin d’être garanti. Et, pendant ce temps-là, les négociations salariales sont corsetées par la Loi de 96.
Emploi, communes et avenir: les angles morts du budget
Plus préoccupant encore: les économies sur les APE, l’indexation et les aides à la formation atteindront 170 millions d’euros en 2027, puis 368 millions en 2029. Plus de 500 millions donc. Ces économies vont affaiblir davantage des secteurs comme la petite enfance et l’aide à la jeunesse, sous forte pression en Wallonie comme en Fédération Wallonie-Bruxelles. En fragilisant les emplois APE, le gouvernement wallon pourrait ainsi aggraver les difficultés de structures peinant déjà à remplir leurs missions. Les communes voient leurs marges réduites, alors qu’elles assument une part croissante des dépenses sociales et de proximité.
Concluons: le débat n’est pas celui de l’équilibre budgétaire, mais des choix de société qu’il impose. Préparer l’avenir suppose d’investir dans la jeunesse, pas de fragiliser les structures qui l’accueillent, la forment et l’accompagnent. C’est pourtant le risque lorsque l’enseignement, la culture et la recherche subissent déjà de fortes contraintes budgétaires en FWB. Un budget peut être à l’équilibre sur le papier tout en creusant les déséquilibres sociaux. L’enjeu n’est donc pas seulement comptable : il est social et transgénérationnel.
Pour la CSC wallonne, préparer l’avenir ne consiste pas seulement à assainir les comptes, mais à protéger les citoyens, renforcer la cohésion sociale, investir dans la jeunesse et réussir une transition juste.
