Actualité
08/06/2026
Aux jeunes qui se sont mobilisés contre le décret-programme II
Vous n’aviez pas forcément l’habitude de descendre dans la rue pour contester des décisions politiques. Pour beaucoup d’entre vous, c’était sans doute une première. Il faut mesurer que ce n’est pas un acte banal d’interrompre son quotidien, de prendre le risque de s’exposer et de se joindre à d’autres pour dire, simplement, que quelque chose ne va pas.
Cela faisait longtemps que des élèves ne s’étaient plus mobilisés en si grand nombre. Et ce qui a marqué, au-delà du nombre, c’est la manière. Vos revendications ont été portées avec calme, souvent avec humour, parfois avec colère. On vous a vus marcher aux côtés de vos enseignants, et on a aussi vu vos enseignants d’abord s’inquiéter de votre sécurité. Cela dit quelque chose du lien qui vous unit.
Certains se sont empressés de vous disqualifier en parlant de manipulation. Comme si vous étiez incapables de comprendre ce qui vous concerne directement. Comme si votre inquiétude n’était pas légitime. C’est une manière commode d’éviter d’entendre ce que vous avez à dire.
Pourtant, le malaise que vous exprimez est clair. Vous voyez se dessiner une école qui risque de garantir moins solidement à chacune et chacun les apprentissages de base. Une école qui oriente de plus en plus tôt, qui hiérarchise les parcours, qui fatigue celles et ceux qui y travaillent, et qui perd progressivement sa capacité à soutenir les élèves les plus fragiles. On peut partager ou non cette analyse, mais on ne peut pas prétendre qu’elle serait hors de votre portée.
Vous êtes les premiers concernés. Vous passez vos journées dans cette école. Vous en vivez concrètement les évolutions. Intervenir dans le débat n’a rien d’un égarement : c’est un acte citoyen élémentaire. Il mérite d’être pris au sérieux.
À celles et ceux qui exercent des responsabilités politiques et qui liront ces lignes : il serait tentant de balayer cette mobilisation en la réduisant à un malentendu ou de l’agitation passagère. Ce serait une erreur. Les élèves qui se sont mobilisés aujourd’hui devront faire face à un avenir plus incertain que celui que nous avons connu. C’est précisément pour cette raison que leur message mérite d’être examiné avec attention. Ne tournez pas le dos à la jeunesse !
Marie-Hélène Ska
Secrétaire générale de la CSC
