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Les militaires sont-ils devenus le jouet du gouvernement ?

La question mérite d’être posée à la lumière de l’évolution récente du dossier des « militaires dans les rues ».

Ces derniers jours, tout laisse penser que les décisions ne résultent pas d’une vision cohérente et concertée, mais bien de compromis politiques conclus en coulisses. Des arbitrages semblent s’opérer entre ministres, où compétences, moyens humains et budgets deviennent des variables d’échange. Dans le même temps, les discours divergent selon les portefeuilles : chacun avance ses propres justifications, révélant un manque d’alignement inquiétant au sommet de l’État.

Plus troublant encore, certaines décisions auraient été prises sans concertation avec l’ensemble des ministres compétents, notamment au niveau de la Justice. Cette manière de procéder interroge : s’agit-il encore d’une politique réfléchie, ou d’un passage en force dicté par des équilibres partisans ?

Ce flou décisionnel n’est pas anodin. Il brouille la lisibilité de l’action publique et fragilise la confiance. Ce qui était présenté à l’origine comme une réponse ponctuelle et pragmatique semble aujourd’hui s’inscrire dans la durée, sans qu’un véritable débat de fond n’ait lieu.

Or, le fond du problème est connu depuis longtemps. Le manque d’effectifs au sein de la police est structurel. Mais la Défense n’est pas une réserve inépuisable. Elle fait elle aussi face à des tensions importantes : surcharge de travail, difficultés de recrutement, et un équilibre entre vie professionnelle et vie privée de plus en plus mis à mal.

Dans ce contexte, utiliser les militaires comme variable d’ajustement pose plusieurs questions majeures.

D’abord, celle du transfert des coûts : assiste-t-on à une forme de glissement où certaines charges, qui devraient incomber aux autorités locales ou à la police, sont en réalité supportées par le niveau fédéral via la Défense ?

Ensuite, celle du sens : que signifie le recours à des militaires — souvent mobilisables rapidement et à moindre coût — pour pallier les défaillances d’un autre service public ? N’est-ce pas le symptôme d’un déséquilibre plus profond dans l’organisation de notre sécurité ?

Mais au-delà de ces constats, des interrogations essentielles demeurent sans réponse claire :

  • Pourquoi les pénuries dans la police persistent-elles depuis tant d’années sans solution structurelle ?
  • Dans quel cadre précis les militaires sont-ils déployés : sous quelle autorité, avec quelles compétences et quelles limites ?
  • Bénéficient-ils de garanties juridiques suffisantes en cas d’incident lors de ces missions ?
  • Et comment justifier que les partenaires sociaux soient tenus à l’écart, contraints d’apprendre ces décisions par voie de presse ?

Ces questions ne sont pas théoriques. Elles touchent directement au fonctionnement de l’État de droit et au respect des femmes et des hommes engagés au service de la collectivité.

À l’approche des commémorations des attentats du 22 mars 2016 à Maelbeek et Zaventem, le contraste est d’autant plus frappant. À l’époque déjà, des militaires étaient déployés dans l’espace public. Pourtant, leur présence n’avait pas permis d’empêcher les attaques. Leur rôle, bien que visible, ne peut se substituer à une politique de sécurité globale, cohérente et correctement financée.

Il est à craindre que, une fois encore, les discours officiels appellent au respect des métiers de la sécurité, sans que les actes ne suivent réellement. Car les constats restent inchangés :

  • un sous-effectif chronique dans la police,
  • une Défense sous pression,
  • et des militaires trop souvent utilisés comme une main-d’œuvre d’appoint, sans reconnaissance ni compensation à la hauteur de leur engagement.

Les militaires ne sont ni une solution miracle, ni une variable d’ajustement budgétaire.

Ils méritent mieux que d’être déplacés au gré des urgences politiques.

Ils méritent une vision, du respect, et des décisions à la hauteur de leur mission.