Pour Halloween, des gamins s’attroupent devant chez vous et vous effrayent pour quelques bonbons. Et si ce n'était pas une dizaine d’enfants, mais 150.000 travailleurs en colère ? Et si ce n’était pas pour des bonbons, mais pour des centaines de millions de dollars ?
Cette année, Halloween a été une fête extraordinaire pour beaucoup de travailleurs aux États-Unis. Ce jour-là, General Motors a mis genoux à terre, quelques jours après Ford et Stellantis. Ces géants ont dû accepter une hausse générale des salaires de 25% en 4 ans, dont 11% tout de suite mais aussi : un retour de l’indexation des salaires (disparue depuis 15 ans), suppression des sous-statuts (qui y gagnent jusqu’à 68% !), amélioration des congés et des pensions. Un accès plus rapide au salaire complet pour les nouveaux : 3 ans au lieu de 8. Et le maintien de milliers d'emplois dont la suppression était annoncée.
Tirons 5 leçons de l'action du syndicat UAW (United Auto Workers).
OFFENSIVE - D'abord la grève n'est pas venue comme une réaction à une attaque patronale, elle a été préparée et annoncée : si le 14 septembre, les conditions fixées par UAW n'étaient pas remplies, les usines s'arrêteraient les unes après les autres. C'est donc le syndicat qui fixait l'agenda.
ORGANISATION - Deuxièmement, UAW a organisé les travailleurs à la base : unité d’action, discipline collective dans les grèves tournantes. Les délégués ne parlent pas à la place : ils organisent la parole collective. Les salariés ont donc utilisé la seule arme que nous ayons depuis qu'existe le capitalisme : notre nombre et notre organisation.
SOUTIEN - La grève a tenu 7 semaines parce que l'opinion publique et l'administration Biden ont montré leur soutien aux grévistes. Il y a bien des reproches à faire à la politique du président Biden mais du moins a-t-il compris ceci : l'économie a besoin, avant tout, de meilleurs salaires pour tous. Quel contraste avec nos dirigeants politiques et leurs pseudo économistes qui nous expliquent à longueur d'année que le problème, ce ne sont pas les profits indécents, ce sont nos salaires !
D’ABORD LE CONFLIT - Les membres de UAW n’ont pas considéré la grève comme « une arme en dernier recours » à n'utiliser que quand tout le reste a échoué. Ce n’est pas l’échec de la négociation qui mène au conflit ; c'est le conflit qui permet la négociation.
DEMOCRATIE - La démocratie syndicale a été une condition de la victoire. Jusqu'il y a 6 mois, le syndicat UAW était empêtré dans des compromissions face à la généralisation de sous-statuts moins bien payés. En mars dernier, les membres ont remplacé l’ancienne direction et ont élu comme nouveau président un délégué combatif qui a fait campagne sur 3 mots d’ordres : « ni corruption, ni concessions, ni travailleurs de second rang ». Il a tenu parole, et ils ont gagné.
Nous ne pouvons pas transposer telles quelles ces leçons à notre réalité belge. Mais elles peuvent largement nous inspirer. Primauté à l'organisation des travailleurs à la base, rôle fondamental des délégués dans ce travail (au moins autant que dans la « représentation »), unité et discipline de l'action, renforcement de la démocratie… Ce sont là les thèmes du Congrès 2023 de votre syndicat (lire p. 3). Parce que nous croyons que la lutte des classes est plus réelle et plus dure que jamais, et que c'est bien la classe des ultra-riches qui la mène et qui la gagne. Parce que nous refusons de baisser les bras, que nous avons confiance en vous et voulons mériter votre confiance, notre congrès étudiera la manière de mieux utiliser nos armes : le nombre, l'unité, la conscience de classe, et l'organisation.
Felipe Van Keirsbilck,
secrétaire général