Un conclave budgétaire sous le signe de l’austérité
Le 30 mars dernier, le gouvernement fédéral se mettait d’accord sur l’ajustement budgétaire 2023-2024. Pourquoi un conclave budgétaire ? Quelles mesures ont été prises ? Explications.
Rappelez-vous, en novembre dernier, le gouvernement fédéral se mettait d’accord sur le double budget 2023-2024. Dans ce cadre, nous avions notamment dénoncé la rançon de l’indexation (l’indexation des salaires étant maintenue au prix d’une importante réduction de cotisations sociales pour les patrons en 2023 coûtant près d’un milliard d’euros) et les économies faites dans la Sécu (diminution du financement des soins de santé et réduction des droits aux crédits-temps).
En mars, un nouveau conclave budgétaire a eu lieu. Ce conclave vise à ajuster les budgets 2023-2024 au regard de l’évolution de la situation économique. Les sirènes de l’austérité se sont fait entendre dès le début de l’année : Commission européenne, Banque nationale et autres économistes néolibéraux exigeant du gouvernement qu’il réduise le déficit budgétaire de l’Etat. Ce déficit budgétaire s’était en effet fortement creusé en 2020 (9% du PIB) et rediminue depuis pour atteindre environ 5% ces prochaines années.
Est-ce que le déficit public est un problème ? C’est une vaste question. Si la droite crie à une dette publique qui serait insoutenable, l’indicateur pertinent pour savoir si nous risquons un emballement de la dette n’est pas le montant de la dette publique mais l’écart entre les taux d’intérêts que l’Etat paie sur sa dette et le taux de croissance du PIB. Or, cet écart, même s’il se réduit, reste favorable. Quand bien même certains partageraient l’objectif de réduire le déficit public, il existe de nombreux moyens de le faire sans le faire payer aux travailleurs : les entreprises sont très gourmandes de subsides publics ; les paradis fiscaux et autres pratiques d’optimisations fiscales font perdre chaque année des milliards d’euros à l’Etat ; le capital ne contribue que très peu au financement de l’Etat.
Ce n’est pourtant pas la voie que le gouvernement a suivie. Il a décidé de réduire le déficit de 0,6% en 2024, soit 1,8 milliard d’euros à trouver. Cet effort est réparti comme suit : 40% de l’effort est supporté par une réduction des dépenses ; 40% vient d’une augmentation des recettes et les 20% restants via des réestimations techniques (des impôts qui, finalement, rapportent plus que prévu ou des dépenses qui, finalement, sont moins importantes que prévues).
La première victime de cette réduction des dépenses, ce sont les travailleurs sans emploi. 357 millions d’économies ont été trouvées en diminuant voire en supprimant les augmentations prévues au 1er janvier 2024 d’une série d’allocations sociales : pension minimum, assistances sociales (RIS et GRAPA), chômage complet, invalidité maladie minimum. D’autres économies sont réalisées dans le budget des soins de santé et dans les services publics. Les travailleurs en chômage temporaire en font aussi les frais : l’augmentation du chômage temporaire à 70% du salaire, qui avait été prise durant la crise du covid, avait déjà été ramenée à 65% depuis un certain temps. Le 1er janvier 2024, le plafond sera réduit à 60%. Les employeurs ou les fonds sectoriels devront compenser partiellement cette perte.
Au niveau de l’augmentation des recettes, c’est principalement l’implémentation de l’impôt minimum sur les multinationales qui y contribue en rapportant 334 millions d’euros supplémentaires. Certaines nouvelles mesures ont aussi été prises par le gouvernement durant ce conclave budgétaire. Il s’agit principalement de l’augmentation de la provision pour l’Ukraine et de la mise en oeuvre de l’accord sur l’asile et la migration. Ces mesures sont financées par des recettes plus importantes qu’attendues de l’impôt des sociétés.
Clarisse Van Tichelen
