Première ligne : on a du matériel de protection, oui. Mais le personnel risque de manquer dans la durée !

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Lors de la première vague, c’est l’absence de matériel de protection qui a été la cause majeure d’une réponse insatisfaisante aux défis soulevés par la crise.  Face à la deuxième vague de COViD qui nous submerge, à côté des problèmes de testing qui restent récurrents, c’est surtout les limites en moyens humains qui définiront la capacité ou non à répondre aux besoins d’une prise en charge de première ligne.

Le personnel de première ligne était (encore) en souffrance avant la deuxième vague 

Que ce soit dans l’ensemble des services hospitaliers, l’hébergement des personnes âgées, des personnes handicapées, l’aide à la jeunesse, ou encore dans les milieux d’accueil de l’enfance ou dans l’aide et les soins à domicile, etc., la reprise d’une activité intense post première vague a empêché le personnel de récupérer physiquement et mentalement. Il s’agissait au mieux de répondre aux besoins des bénéficiaires/patients qui n’avaient pas pu être rencontrés pendant la crise. Mais il s’agissait aussi pour certaines institutions de retrouver un équilibre financier, voire reconstituer une trésorerie. Les vacances annuelles n’ont pas été prises totalement, l’embauche d’étudiants a été limité (finances)… bref le personnel n’a pas récupéré.

La deuxième vague touche le personnel de première ligne à double titre

La pandémie touche toute la population. Et le personnel de première ligne est aussi un citoyen, un être social, mère ou père  de famille, avec des parents, … Et que ce soit la fermeture des écoles, les quarantaines successives, les besoins d’un parent âgé,… les nombreuses limites imposées par la crise et sa gestion le concernent également. Mais c’est surtout par ses conditions de travail terribles, provoquées par la surcharge due à la gestion de la crise et par l’absence de nombreux collègues, que le personnel de première ligne est affecté. Et ça ne fait que commencer ! ll ne tiendra pas le coup comme ça. Et l’appel aux volontaires, à l’armée,… ainsi que les mesures de sortie précoce des hôpitaux, n’y changent rien, ou en tout cas pas grand-chose.  Le cadre de ces mesures n’est absolument pas suffisamment clair, et ne garantit pas, dans la durée, le retour à des conditions de travail dignes. 

Le personnel était en attente de promesses tenues : il ne voit rien venir

Même si aux différents niveaux de pouvoir, nous avons pu obtenir des budgets pour transformer les applaudissements en reconnaissance et en revalorisation des professions, le personnel ne voit aucune mesure se concrétiser sur le terrain. On lui demande plus de flexibilité, plus de disponibilité, … mais il n’a plus confiance dans les décideurs et dans leurs promesses. Les héros sont fatigués, mais bien plus encore, ils ne veulent plus jouer aux héros. Ils veulent simplement être reconnus dans ce qu’ils apportent à la société.

C’est un problème à tous les niveaux de pouvoir : ce n’est pas en oubliant ses promesses qu’on maintiendra la mobilisation du personnel de première ligne.

En Fédération Wallonie Bruxelles, l’exercice de la langue de bois est réussi à 100%. On nous parle de discussions à mener plus tard, d’une façon ou d’une autre… D’une somme de 8 millions d’euros, ce qui correspond à moins de 2€ par jour et par travailleur dépendant de la Fédération WB, pour laquelle un jour on devrait discuter.
A Bruxelles, c’est 30 millions d’euros qui seraient disponibles, soit 4€ par jour de travail pour ce personnel. Mais toujours pas de calendrier de négociations.
Que ce soit en FWB ou à Bruxelles, le Front Commun lance cette semaine une campagne d’envoi de mails vers les ministres concernés : le personnel enragé ! Et des actions auront lieu dès la semaine prochaine.
En Wallonie, par contre, on dispose d’un budget de 260 millions d’euros d’ici 2024 (100 millions d’euros dès le 01/01/2021), mais depuis le 15 juillet, AUCUNE réunion n’a pu se tenir avec le gouvernement pour discuter de son affectation ! Si d’ici le 13 novembre un calendrier de négociation n’est pas fixé, permettant de mettre en place les mesures au 01 janvier, nous lancerons aussi des actions en Wallonie.
Au Fédéral,  alors qu’un budget d’un milliard a été débloqué, ce sont les négociations avec les fédérations patronales qui patinent. A la fois faute de signe clair du nouveau gouvernement (pas encore eu la moindre réunion avec le nouveau ministre de la santé) ; mais aussi par manque de détermination des fédérations d’employeurs. Après 6 réunions, on n’a pas encore pu entamer la discussion sur aucune des conventions collectives. 

Le personnel de terrain exige des solutions concrètes dignes de ce nom (et pas de fausses bonnes solutions telle que l’appel aux bénévoles ou aux étudiants non-rémunérés) pour régler concrètement le problème d’effectif et ainsi le soulager. Il attend de la part des différents gouvernements une concrétisation rapide de mesures qui valorisent leur métier, et ce dès janvier 2021.

Sans cela, nous risquons, encore plus qu’avant, une désaffection importante des professionnels des secteurs du Non Marchand.

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