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402.07 - Fédéral

Le 112 appelle au secours

La centrale d'urgence d'Arlon au bord de la rupture

Les opérateurs de la centrale d’urgence 112 d'Arlon tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme. Confrontés à un sous-effectif chronique, à une charge de travail croissante et à des conditions de travail devenues insoutenables, ils alertent sur les risques que cette situation fait peser non seulement sur le personnel, mais aussi sur la qualité du service rendu à la population.

Depuis plusieurs années, la centrale d'Arlon fait face à un manque d'effectifs. Malgré les multiples signaux d'alerte lancés par le personnel, la situation n'a cessé de se dégrader. Aujourd'hui, les opérateurs estiment qu'un seuil critique a été franchi.

Pour garantir un fonctionnement sûr, la présence de quatre opérateurs en salle constitue normalement le minimum requis. Pourtant, faute de personnel disponible, ce quota a été officiellement abaissé à trois opérateurs depuis le 8 septembre. Une mesure que les travailleurs qualifient de "fausse solution", puisqu'elle adapte le service au manque de personnel au lieu d'y remédier.

Les chiffres témoignent de la gravité de la situation : depuis cette réduction du quota, 23 pauses de douze heures ont déjà dû être assurées avec seulement deux opérateurs présents. Durant les mois de juillet et août, 37 pauses s'étaient déjà déroulées sous le seuil minimal alors en vigueur.

Des semaines de travail jusqu'à 60 heures

Afin de compenser les absences et permettre à la centrale de continuer à fonctionner, certains opérateurs sont amenés à effectuer jusqu'à 60 heures de travail par semaine.

Parallèlement, le nombre d'appels continue d'augmenter. Canicule, problèmes médicaux, feux de forêt, camps de jeunesse et afflux touristique ont fortement accru la charge de travail durant l'été. Les demandes adressées aux services d'urgence se multiplient alors que les moyens humains diminuent.

Cette pression opérationnelle s'ajoute à une pression psychosociale grandissante : changements d'horaires de dernière minute, rappels sur les téléphones privés, responsabilités supplémentaires et sentiment d'abandon face à l'absence d'une partie du personnel administratif.

"Nous ne sommes pas des ressources illimitées"

De plus en plus de travailleurs se déclarent stressés, épuisés ou proches du burn-out. Certains continuent à travailler malgré des difficultés psychosociales afin de ne pas laisser leurs collègues seuls face à la charge de travail.

"Nous continuons à assurer notre mission parce que nous savons qu'au bout du fil se trouve peut-être une personne en détresse. Mais nous avons atteint nos limites. Quand ceux qui doivent répondre aux appels d'urgence ne tiennent plus, c'est toute la chaîne des secours qui est fragilisée."

Inquiétudes face aux réorganisations en cours

Le personnel exprime également ses inquiétudes concernant le futur système "Cloud 112", qui pourrait orienter les appels vers le premier opérateur disponible au niveau de la région linguistique plutôt que vers la centrale provinciale. Les opérateurs craignent une perte de connaissance du terrain et des spécificités locales, pourtant essentielles lors de situations d'urgence complexes.

Par ailleurs, l'avenir du service 1733 et des collègues qui y travaillent demeure incertain. Les travailleurs dénoncent un manque d'information et de considération vis-à-vis du personnel concerné.

Une problématique nationale

La situation d'Arlon n'est pas isolée. D'autres centrales 112 du pays rencontrent des difficultés similaires, en particulier en matière d'effectifs.

Les opérateurs réclament dès lors :

  • des effectifs suffisants pour garantir un fonctionnement sûr et durable ;
  • le maintien d'un minimum de quatre opérateurs en salle ;
  • des conditions de travail permettant le respect des congés sans surcharge pour les collègues ;
  • une véritable prise en compte des risques psychosociaux ;
  • la reconnaissance des responsabilités supplémentaires assumées par le personnel ;
  • une information claire sur l'avenir professionnel des travailleurs concernés par les réorganisations ;
  • une analyse approfondie de l'impact des réformes sur la sécurité des citoyens.

Investir dans le 112, c'est investir dans la sécurité de tous

Les opérateurs rappellent que le 112 constitue le premier maillon de la chaîne des secours. Lorsque ce maillon est fragilisé, c'est l'ensemble du système de sécurité civile qui est mis sous pression.

Ils annoncent soutenir la journée d'action en faveur des services publics prévue le 12 octobre prochain et appellent les autorités à prendre des mesures concrètes avant qu'un incident grave ne révèle les conséquences de la situation actuelle.

"Le 112 est là pour secourir la population. Aujourd'hui, ce sont ses opérateurs qui appellent au secours."