Fedasil: la CSC tire la sonnette d'alarme
©photojourBE
C'en est assez. Assez de la gestion de "crise" qui perdure depuis des années et qui n'est plus soutenable. Depuis des années, Fedasil parle de "temporaire", de "crise" et de "plus tard". Depuis des années, les collaborateurs de Fedasil encaissent. Depuis des années, ils "mettent les bouchées doubles", "temporairement", "encore un peu". Mais les années se succèdent et se ressemblent. Depuis des années, ils essaient d'expliquer comment éviter une "crise temporaire", forts de leurs expériences du passé. Depuis des années on leur fait la sourde oreille. Les syndicats ne cessent d'aller en concertation et d'insister sur les préoccupations. Mais chaque fois, une nouvelle "crise" survient, et chaque fois tout reste "en suspens".
Aujourd'hui, nous sommes confrontés une fois de plus à une situation inconcevable: des personnes dorment dans la rue, on manque de places d'accueil et de personnel. Et surtout, on ne s'en prend pas à soi-même: la guerre en Ukraine, la situation post-corona, un marché du travail en pénurie … tout ça, Fedasil n'y peut rien.
Mais Fedasil et le gouvernement fédéral sont bel et bien responsables de bien des facteurs. Travailler chez Fedasil, c'est travailler pour l'Etat. Mais l'environnement de travail et les conditions de travail du personnel sont en-dessous de tout:
- Des contrats de durée déterminée pour la quasi-totalité des centres et des fonctions
- Des descriptions de fonction souvent imprécises et dont l'exécution est compliquée
- On demande une flexibilité maximale dans l'exécution de la fonction (car on est en "période de crise" et "temporaire").
- Des horaires qui sont complètement différents selon la fonction et le centre. Les vacances d'emploi font miroiter des horaires “variables” ou “flexibles”. En réalité, il s'agit de pauses de début et de fin de journée (avec là aussi une grande variété en fonction du centre) et de week-ends. On demande au personnel de rester “standby” pendant leurs jours libres et si nécessaire ils sont rappelés. La compensation? Une demi-heure de récupération supplémentaire.
- Des services en sous-effectifs et par conséquent: pas de possibilité de formation, car on vit une "période de crise".
- D'innombrables heures supplémentaires suite aux sous-effectifs, et impossibilité de prendre ces heures supplémentaires.
- Un risque majeur d'incidents à cause du manque de personnel et de la surpopulation dans les centres.
- Manque de matériel, d'hygiène, de sécurité, d'espace … tout est rassemblé pour compliquer de façon extrême le travail chez Fedasil.
- En période corona: pas de prime corona, ni pour les collaborateurs qui assurent l'accueil des demandeurs d'asile, ni pour les services médicaux, simplement un mail avec “merci”.
- Avant corona: pas de prime de risque, ni pour les maladies qui circulent parfois, ni pour le risque de punaises ou de gale, qui sont fréquents dans les centres surpeuplés.
La proposition du Cabinet de faire appel temporairement à des intérimaires, démontre de manière évidente que l'on refuse de s'attaquer au nœud même du problème, à savoir le bien-être des collaborateurs pour qu'ils puissent organiser un accueil de qualité.
Le personnel aspire à un soutien. Le personnel veut que l'on entreprenne quelque chose pour l'accueil de toutes les personnes qui dorment dans la rue. Le personnel s'évertue à le faire depuis une éternité. C'en est assez. Nous avons été sages et discrets trop longtemps, car lorsque les collaborateurs de Fedasil descendent dans la rue, les médias se limitent trop facilement à un débat sur la migration. Maintenant, il s'agit des collaborateurs, des personnes qui accueillent et aident les résidants. Ces personnes qui se démènent depuis des années et qui aujourd'hui sont épuisées. Parce que s'ils entendent encore une seule fois “crise” et “temporaire”, ils vont péter les plombs. Il est grand temps que le gouvernement prenne la mission de Fedasil au sérieux et qu'il réalise des investissements dans des choses structurelles pour que l'on puisse oublier à jamais les mots "crise" et "temporaire". Il est temps que les collaborateurs puissent effectuer leur job avec fierté et satisfaction. Et pas parce que sinon personne d'autre ne le fera si eux ne le font pas. Les collaborateurs refusent de trinquer pour ceux qui préfèrent regarder ailleurs.

