Quand les multinationales font payer leur plan social par la collectivité

Ce mercredi 15 janvier, l’entreprise New Look a annoncé lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire la faillite de sa filiale belge. Lors de ce CE extraordinaire, la direction avait peu d’informations chiffrées à donner. A la suite de cette rencontre, la direction belge et la délégation syndicale n’ont plus eu aucune information de la direction anglaise.

Sur le champ, les 110 travailleurs de New Look Belgique se mettent en grève. Des assemblées du personnel sont largement suivies. Le personnel est en état de sidération, il est complément lâché : aucune date ou heure de passage au tribunal du commerce ne sont communiquées.

La mobilisation prend forme, une délégation fait le pied de grue devant le tribunal. Pendant ce temps-là, la centaine de travailleurs prend la direction du 16 rue de la Loi en demandant de voir le premier ministre Charles Michel. Personne n’avait la moindre illusion quant aux réponses qu’il pourrait formuler mais il fallait lui rappeler son fameux discours “ jobs, jobs, jobs ”, alors que les entreprises ferment les unes après les autres. Il devait faire face à ses responsabilités sur la législation favorable aux multinationales qui permettait d’en arriver à une telle situation.

Malgré cinq jours de grève des employés, leurs interpellations politiques et médiatiques, malgré leur mobilisation au tribunal, le couperet tombe cinq jours plus tard : la faillite est déclarée. La juge argumentera qu’elle ne fait qu’appliquer la loi.

L’impact de la faillite pour les travailleurs

Lorsqu’un plan Renault (plan social) est déclaré, une négociation est mise en place entre les organisations syndicales et les directions pour discuter de nombreux points comme la question d’un repreneur, le reclassement, le paiement des indemnités légales, la négociation d’indemnités extra-légales etc.

Dans une situation de faillite, aucune négociation n’est mise en place. Le préavis légal sera payé par le fond de fermeture selon un plafond prévu par la loi. Un tiers des travailleurs de New Look risque de perdre les indemnités qui dépassent ce plafond. Cette somme ne sera versée que dans plusieurs mois (de 9 mois à 1 an), en n’oubliant pas qu’elle sera amputée des allocations de chômage perçues entre-temps.

Evidemment, aucun avantage extra-légal ne sera obtenu.

New Look, Mexx, MS Mode… la faillite, le paradis des multinationales
Alors que New Look a pendant des années fait des bénéfices grâce aux clients et travailleurs belges, l’entreprise décide de quitter notre territoire sans prendre ses responsabilités. New Look contourne soigneusement notre législation sur la loi Renault en passant par une faillite. C’est donc le fond de fermeture (la collectivité) qui finit par payer le plan social de New Look.

Ce n’est hélas pas une première ces dernières années, de nombreuses enseignes du secteur ont fait de même. MS Mode a déclaré la faillite, avec un plan social payé par la collectivité. Aujourd’hui, cette enseigne à rouvert plus de 20 magasins en Belgique avec le même logo et la même direction hollandaise à sa tête. Mexx a fait de même il y a quelques années et a aujourd’hui rouvert quelques magasins en Belgique. Ces deux enseignes ont rouvert avec du personnel quasiment sans ancienneté et ont pour le moment les mains totalement libres car plus aucun représentant du personnel n’y est présent.


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