Débat politique - Après les paroles, les actes ?

Fin janvier, la CNE Commerce a organisé un grand débat avec les 6 partis démocratiques francophones : MR, PS, Ecolo, cdH, DéFI, PTB. L’objectif était qu’ils dévoilent leur vision sur les thèmes et questions qui touchent chaque jour les travailleurs du secteur.

 
Travail du dimanche, travail de nuit, précarité et temps partiel, digitalisation, conciliation vie professionnelle-vie privée, contrat précaire et travail étudiant, et bien sûr la réduction du temps de travail, notre revendication phare, ont été au menu d’une journée passionnante.

Ainsi, concernant les heures d’ouverture, tous les partis estiment qu’il n’est pas nécessaire de les élargir même si des nuances existent. Cet opinion résistera-t-elle aux volontés de l’Open Vld et de la N-VA dans un éventuel futur gouvernement ?

Sur la question du dimanche, les avis divergent. Tandis qu’un MR explique que de nombreux citoyens sont demandeurs d’une ouverture plus importante des commerces le dimanche, il souligne la volonté d’ouvrir le débat avec les parties prenantes en étant attentif à des facteurs de type économique (impact financier, concurrence grande surface) sans évoquer l’impact sur les travailleurs du secteur. Les autres partis rappellent que le travail du dimanche doit rester une exception dans le secteur et que l’offre est déjà suffisamment large. DéFI nuance en exposant la situation de Bruxelles tandis qu’Ecolo souligne les changements de comportements de consommation. Même si ce dossier ne semble pas prioritaire aux yeux du MR, il reste à craindre une coalition suédoise qui désirerait remettre ce sujet à l’agenda poussé par les partis flamands.

Sur le travail de nuit, les tendances sont identiques. Le MR défend le bilan du gouvernement sortant tandis que les autres rappellent que cela s’est fait en écrasant la concertation sociale, en ne faisant aucune étude préalable sur l’impact de la mesure, que le travail de nuit n’est pas sans impact sur la santé et qu’il doit donc rester exceptionnel et encadrer strictement. Pourtant, force est de constater que le secteur rechigne à la négociation pour des activités qu’il juge vitales mais pour lesquelles il ne veut pas mettre un sou… Comeos pointe la mauvaise volonté syndicale en oubliant d’expliquer que c’est avec un salaire normal qu’il voudrait faire prester des heures de nuit, soit un tarif parfois inférieur aux salaires de ceux qui prestent en fin de journée. De même, Comeos oublie de rappeler que les demandes de travail de nuit dépassent parfois le cadre de l’e-commerce montrant ainsi que le travail de nuit n’est pas la solution magique mais bien le cheval de Troie d’une ouverture 24h24, 7j7. Et demain, que ferait un MR au pouvoir ? Créer des statuts encore plus précaires pour travailler la nuit ? De nouveaux esclaves bien cachés dans les réserves et entrepôts ? Qui peut croire que cela fera naître l’Amazon belge capable de concurrencer l’Alibaba en passe d’arriver chez nous ?

Enfin, en ce qui concerne la réduction du temps de travail, chacun des partis a réfléchi à cet enjeu, sauf le MR qui n’a pas répondu à la question. Les partis divergent sur les objectifs et le processus, mais tous se rejoignent dans le fait de stimuler les entreprises à faire ce choix plutôt que de modifier le temps de travail global. Ces questions sont pour tous des matières à négocier avec les syndicats pour coller au mieux à la réalité de chacun. Ainsi, la question de la nécessaire redistribution du temps de travail semble faire son chemin, abouti pour les uns, en réflexion pour les autres. Seul le MR reste au balcon d’une mesure pourtant nécessaire face aux urgences sociales et sociétales.

A l’heure d’écrire ces lignes, nul ne sait ce qui va ressortir des accords des futurs gouvernements. Pour nous, il était essentiel de donner aux travailleurs des clés pour aller voter en toute connaissance de cause sur des aspects de leur quotidien. De même, au lendemain des élections, notre travail sera de rappeler à chacun les engagements qu’ils nous auront formulés devant un parterre large de militants. C’est devant leur responsabilité ou parfois leur promesse trahie que nous les mettrons. Parce que nous méritons le respect, parce que la démocratie commence dans les urnes et se vit chaque jour dans un nécessaire aller-retour entre les élus et les citoyens que nous sommes.

Delphine Latawiec
 

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