Horeca : Témoignages de travailleurs sur les mesures liées au coronavirus
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Dimitri, Kristin et Bukurije travaillent dans l’Horeca. Comme plus de 120.000 de leurs collègues, cela fait un mois qu’ils sont en chômage temporaire et confinés à leur domicile. Les autorités viennent d’annoncer le prolongement des mesures de confinement jusqu’au 3 mai. Cette situation inédite leur parait interminable car ils savent que leur secteur sera probablement le dernier à pouvoir rouvrir ses portes.
Le 12 mars, les travailleurs de l’Horeca ont appris que le secteur allait devoir fermer ses portes dès le lendemain, sans préavis! L’inactivité, l’angoisse et l’attente s’installent. De quoi vont-ils vivre? Combien de temps le secteur sera à l’arrêt ? Autant de questions sans réponse, qui se bousculent dans leurs têtes, et qui rendent leur situation plus difficile à vivre encore.
Tous les travailleurs du secteur Horeca sont à présent en chômage temporaire, enfin presque tous car certaines entreprises continuent à tourner pour fournir des repas ou des sandwichs aux entreprises dites « essentielles » telles que les hôpitaux, les homes, l’aéroport, etc… Les conditions de travail y sont très compliquées et stressantes pour le personnel (voir article ici). Pour les travailleurs au chômage, cette longue période signifie une perte sèche de leur pouvoir d’achat. En effet, leur allocation est équivalente à 70% de leur salaire. Mais pour Dimitri, qui travaille dans un restaurant depuis 7 ans, la situation est plus difficile encore : « Nous sommes habituellement payés au tronc (salaire forfaitaire). Cela signifie que notre allocation de chômage ne se base pas sur notre salaire réellement perçu mais sur base d’un salaire forfaitaire minimum qui est en deçà du salaire réel des travailleurs. Concrètement, on reçoit 50% de notre salaire normal.»
Le pouvoir d’achat constitue un réel problème pour tous les travailleurs, surtout les jeunes, ceux qui ont une famille ou qui sont locataires. « Globalement, nous constatons que les travailleurs ont de plus en plus de difficultés à s’en sortir financièrement. Dans certaines entreprises, les employeurs donnent des compléments aux travailleurs pour les aider à boucler leurs fins de mois, mais ce n’est pas le cas partout ! » ajoutent Kirstin et Bukurije.
Mais pour beaucoup de travailleurs, surtout dans les petites entreprises, la première inquiétude concerne l’éventuelle faillite de leur entreprise. L’inactivité et l’incertitude pèsent énormément sur le moral des travailleurs : reprendront-ils un jour le travail ? Si oui, dans quelles conditions ?
Certains employeurs n’ont d’ailleurs malheureusement pas attendu la reprise de l’activité pour licencier leurs travailleurs.
« Nous ne savons pas encore quand le travail reprendra. Si le restaurant rouvre ses portes, nous devrons certainement respecter certains principes de précaution comme le port de masque et de gants et une distance minimale entre les tables. Concrètement, le nombre de table sera divisé par deux et donc des travailleurs verront leur période de chômage prolongée » explique Dimitri.
Dans les aéroports, un ou deux établissements sont restés ouverts pour permettre aux derniers voyageurs d’emporter un sandwich ou un café. Les autres rouvriront lorsque les voyageurs seront de retour. Mais quand ? Pour Kirstin, « la pandémie est mondiale, tous les aéroports sont touchés. Cela va prendre du temps avant que le trafic aérien ne revienne à la normale. Notre entreprise va donc subir d’énormes pertes. Nous espérons que cela ne se traduira pas par un plan de restructuration ».
Pour les travailleurs, l’attente et l’angoisse deviennent doucement insupportables. « Nous ne sommes pas encore résignés, nous voulons nous battre pour garder nos emplois. Mais il est temps que les autorités apportent des réponses à nos questions afin de savoir quand le travail pourra reprendre et ainsi voir la lumière au bout du tunnel ».

