deSter: le droit à la déconnexion a été instauré

L'équipe de la CSC chez deSter a négocié le droit de déconnexion pour tous les employés en 2017.

Répondre rapidement à un mail après les heures de travail, recevoir un coup de fil de son supérieur le soir ou, le dimanche soir, une question urgente qui demande une réponse pour le lendemain… Beaucoup d’entre vous connaissent ce genre de situations. Comment y faire face? Ces aspects peuvent-ils faire l’objet d’un accord dans l’entreprise? Trois délégués CSC deSter à Hoogstraten en témoignent: Marc Rombouts (cadre, membre du CE), Ludo Hendrickx (ouvrier, membre du CE) et Claire Schepens (employée, CPPT et CE). 

Comment le besoin de déconnexion s’est-il fait sentir?

Marc: Nous avons été informés d’une série d’incidents dont il apparaissait que ça devenait exagéré à certains moments. Certains collaborateurs nous ont signalé qu’ils recevaient régulièrement des coups de fil le soir ou le week-end leur demandant de terminer une tâche pour le lundi matin. Ce n’était pas extrême, mais les signaux étaient là. Les médias s’intéressaient également à cette question.

Lors des négociations CCT en 2017, nous avons organisé des sessions de brainstorming sur les aspects à améliorer dans l’entreprise. Le droit à la déconnexion est un des points qui en est ressorti.

Claire: Nous avons mis ce point sur la table lors des négociations et il a été accepté presque immédiatement.

Marc: En effet, les négociations n’ont pas duré longtemps. Le management a dû se rendre compte que la déconnexion est une bonne chose et que les travailleurs reposés sont plus productifs. 

Claire: Les managers eux-mêmes étaient enthousiastes à l’idée parce qu’ils ont eux aussi une vie privée.

Marc: En effet, on attend souvent d’eux qu’ils soient toujours disponibles, même pendant leurs congés. Quand on voit les messages d’absence du genre: «Je suis absent mais vous pouvez me contacter en cas d’urgence», on peut se demander ce que l’on entend par «urgence». L’entreprise était-elle confrontée à la problématique du burn-out à ce moment-là?

Claire: Il y avait des cas de burn-out à tous les niveaux de l’entreprise dans différents départements. Le nombre d’heures supplémentaires était également élevé. Nous avons examiné les heures supplémentaires des départements que nous soupçonnions d’être appelés en soirée. C’était conforme aux statistiques sur les heures supplémentaires. Les heures supplémentaires sont-elles dues à un manque de personnel ou à d’autres raisons?

Marc: Je pense que c’était surtout un problème temporaire. Parfois, la charge de travail augmente en raison d’un projet ou de la mise en place d’une nouvelle machine.

Claire: Il est possible qu’il s’agisse également d’un problème organisationnel. La délégation syndicale s’est alors réunie avec les chefs de service concernés et la situation s’est améliorée par la suite. On tente de renforcer l’efficacité.

Ludo: Le travail doit pouvoir être réalisé pendant les heures de travail normales. Des pics peuvent se produire, mais la charge de travail doit rester raisonnable.

Quelles règles concrètes ont été fixées en matière de déconnexion dans la CCT?

Marc: La CCT stipule que l’employeur reconnaît le droit des travailleurs de ne pas être joignables en dehors des heures de travail. Il s’agit donc d’un droit que le travailleur doit invoquer lui-même en cas de nécessité. 

Claire: La disposition permet aux travailleurs de ne pas se sentir obligés de décrocher le téléphone ou de lire les mails pendant le temps privé. On constatait que les travailleurs se sentaient moralement contraints de répondre au téléphone en dehors des heures de travail. Désormais, ils ne seront pas critiqués par les collègues ou les managers s’ils ne le font pas.

Ludo: Certains collaborateurs doivent être protégés d’eux-mêmes. Même si leur plaisir au travail est énorme, ils ont aussi besoin de temps libre.

D’autres décisions ont-elles été prises?

Marc: Nous avons le droit à la déconnexion, mais nous avons également des permanences. Ces deux dispositifs sont complémentaires. La déconnexion est importante, mais l’entreprise doit continuer à tourner. Dès lors, nous avons fixé des règles claires à ce sujet. Il a été dit clairement qui peut être appelé pendant les permanences et quand. Les permanences se font à tour de rôle et sont indemnisées.

Ludo: Le département de production dispose d’un gestionnaire de garde. Il est de garde ou de service en dehors des heures de travail, par exemple, en cas d’accident. Le personnel doit toutefois faire preuve de bon sens. L’objectif n’est pas de l’appeler le dimanche soir après une semaine de travail pour signaler une défaillance.

C’est possible à partir de 8h-9h du matin. Les chefs d’équipe respectent cette règle. Souvent, le problème est résolu sans l’intervention du gestionnaire de garde.

Marc: Notre département doit également assurer des permanences à tour de rôle. La personne concernée est disponible pendant 24 heures. Nous appelons un numéro central qui transfère automatiquement vers la personne qui est de permanence. En premier lieu, seule cette personne-là est appelée. Si elle ne réussit pas à résoudre le problème, elle peut appeler une autre personne. Alors, on sait
que c’est vraiment urgent.

Claire: Le système de permanences est plus clair. On sait qu’on peut être appelé et on en tient compte.La CCT est entrée en vigueur fin 2017.

Quels sont les résultats?

Marc: On peut maintenant invoquer le droit à la déconnexion. Il a été introduit à titre préventif afin de cultiver de bons comportements et d’éviter des dérapages.

Ludo: Il faut pouvoir aborder ce sujet et le fait de disposer de règles écrites nous aide. Avez-vous des conseils pour les militants qui souhaitent introduire le droit à la déconnexion?

Claire: Il faut bien savoir si le besoin existe et trouver les bons arguments pour convaincre la direction.

Ludo: Les travailleurs ne parleront pas spontanément de certains problèmes. Il faut aller vers eux et leur poser des questions si vous sentez ou constatez que quelque chose ne va pas.

Marc: Il y a le droit à la déconnexion d’une part et les permanences d’autre part. Il faut faire passer le message de façon positive: des collaborateurs reposés sont plus productifs. Un travailleur reposé est précieux. Y a-t-il d’autres points que vous souhaitez aborder à l’avenir?

Claire: Une analyse des risques psychosociaux est en cours.

Marc: Nous avons également développé un programme de tutorat où les travailleurs plus âgés et expérimentés assurent le coaching des jeunes travailleurs.

Propos recueillis par Caroline Hielegems

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L’entreprise deSter a été créée en 1973 à Hoogstraten. Initialement, elle fabriquait des fourchettes à frites, mais elle est devenue un développeur et un producteur important de concepts innovants en matière d’emballage et de présentation de produits alimentaires pour l’aviation, les services et l’industrie alimentaires.

L’entreprise emploie 350 travailleurs à Hoogstraten. La CSC BIE est le seul syndicat présent dans l’entreprise. Ouvriers, employés et cadres y collaborent depuis quelques années. 

 

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