« On fait tout pour maintenir le bateau à flot »
La CAPAC, Caisse auxiliaire de paiement des allocations de chômage, est extrêmement sollicitée ces derniers temps. En cause ? L’augmentation conséquente des demandes de chômage temporaire suite à la crise du coronavirus. Une personne, assistante administrative au service admissibilité qui souhaite rester anonyme, témoigne des difficultés rencontrées sur le terrain.
Jean - prénom d’emprunt - a vite compris ce à quoi il allait faire face : « Dès le début de la crise, nous avons su que nous serions l’un des services publics qui serait le plus touché par une augmentation massive de la charge de travail. Nous n’avons pas été déçus ! ».
« Les médias nous ont d’abord annoncé près de 400.000 chômeurs supplémentaires. Ensuite, 1.000.000 ! », s’exclame Jean. Et il ne s’agit pas uniquement de chômage temporaire pour lequel l’ONEm a simplifié la procédure : « Non, de nombreux dossiers sont aussi des demandes de chômage complet introduites par des personnes qui ont vu leur contrat rompu ou non-prolongé en raison du confinement. Pour toutes ces personnes, aucune simplification significative de procédure, seulement la possibilité de nous envoyer leurs formulaires par e-mail afin de sauvegarder la santé des collaborateurs. »
Mais, parallèlement à cela, le nombre d’agents, constamment réduit au fil des ans, ne s’est pas vu augmenté. « Il nous est donc demandé, avec les moyens du bord sommairement améliorés dans la précipitation, de respecter les contrats et les serments pour le bien de la « Nation ». Cette même Nation qui a nié l’importance des services publics en les traitant comme des entreprises privées au profit d’un rendement plus élevé mais au détriment du bien-être des collaborateurs et de la qualité du travail », soupire Jean. Et de continuer : « Maintenant, on nous ressort la carte du fonctionnaire au service de la Mère Patrie, tel un soldat engagé dans une guerre qu’il est incapable de gagner seul. Comment ne pas illustrer une telle situation par cette métaphore ? Les serveurs informatiques sont saturés, les agents sont épuisés après seulement quelques semaines, les logiciels, qui n’ont pas été créés pour supporter cette arrivée massive de données électroniques, se crashent. »
Pendant ce temps, les appels se suivent tout au long de la journée. « Nous recevons des dizaines de milliers d’e-mails - oui, des DIZAINES de milliers - qui bombardent les bureaux à travers le pays. Les courriers s’accumulent sans que nous puissions en voir la fin. Des discordes apparaissent au sein même des équipes et les agents rentrent chez eux la boule au ventre en craignant tant leur travail que la contamination de leurs proches », regrette Jean.
Et de conclure : « Les représentants de la CAPAC et les collaborateurs font déjà tout ce qu’ils peuvent pour maintenir le bateau à flot mais nous avons plus que jamais besoin de mesures politiques fortes pour nous soutenir ! »
Ce témoignage démontre une fois de plus le courage dont font preuve tous les fonctionnaires qui travaillent encore à rendre service aux citoyens malgré la crise et les conditions de travail dantesques.

