Trafic : gestion de crise

Le secteur du Commerce a été touché de plein fouet par la fermeture inopinée des magasins au début de la pandémie en mars dernier. Graziella nous raconte comment l’équipe syndicale CNE des magasins Trafic a vécu ces semaines.  


Comment s’est passée l’annonce de la fermeture des magasins Trafic ?  
A vrai dire, nous étions déjà en arrêt avant l’annonce du gouvernement. Dès la semaine précédente, une grande panique a envahi les magasins. La délégation syndicale a décidé d’interpeller la direction dès le lundi 16 mars afin de les obliger à prendre les mesures de sécurité nécessaire. Les collègues avaient peur, de nombreux certificats ont été remis et l’absentéisme devenait un réel souci. Il était même devenu impossible d’ouvrir certains magasins par manque de personnel.  
La direction a décidé le 17 mars de fermer les magasins, temporairement, pour équiper ceux-ci de gants, de gel et autres protections. Mais le lendemain, le gouvernement a annoncé l’obligation de fermeture.  

Comment a alors réagi le personnel ?  
C’était à la fois un soulagement, une grande tristesse et aussi de la colère ! Il y a eu énormément de clients durant les derniers jours. Les chiffres d’affaires ont été dépassés dans de nombreux magasins. Nous avons eu l’impression d’être envoyés à la guerre sans aucune arme.  

Comment s’est passé la période de fermeture ?  
Habituellement, nous sommes quotidiennement au contact avec nos collègues affiliés et là, nous étions tous isolés. Or, ils avaient grandement besoin de nous. Il fallait les aider pour les demandes de chômage, les problèmes pour toutes les personnes qui avaient remis des certificats, le stress lié à la fois aux conditions financières, à la durée de la situation et aux conditions de reprise du travail. La délégation syndicale avait créé un groupe Facebook en vue des élections sociales. Nous avons donc largement utilisé ce média pour prendre des nouvelles des collègues et communiquer avec eux. 

L’équipe a été énormément sollicitée par toutes les demandes à la fois collectives et individuelles. Nous n’avons pas vu le temps passer finalement.  

Et il a fallu commencer à préparer les réouvertures des magasins...  
Oui, tout à fait. Rapidement, début avril, l’équipe CNE a initié les discussions en vue du retour au travail. Nous avons pris en considération les demandes des collègues, via le groupe Facebook notamment et avons souhaité négocier un plan de reprise avec la direction. Il s’agissait évidemment de réfléchir à comment accueillir les clients de manière sécurisée, mais également de notre propre retour avant celui de la clientèle.  

Que demandaient les travailleurs pour cette phase ?  
Ils étaient très enthousiastes à l’idée de reprendre, avaient hâte de se revoir. Mais il y avait beaucoup de stress et d’inquiétude. Ils souhaitaient retourner travailler une semaine avant la réouverture des magasins afin de se réapproprier l’espace de travail et d’être prêts. C’est ce que nous avons pu obtenir. Nous en avons profité pour placer des plexiglas aux caisses et, le port du masque est devenu obligatoire pour tout le personnel. Nous avons reçu des gants, du gel hydroalcoolique, du désinfectant, et avons également réussi à obtenir des visières.  

Comment voyez-vous l’avenir dans la société ?  
Ce sera plus compliqué qu’avant... et difficile à vivre. Le Coronavirus sera une excuse pour nos employeurs. Nous savons bien que la consommation reprendra difficilement les premières semaines vu le nombre de personnes ayant subi cette crise sanitaire, notamment en étant au chômage temporaire. On devra se battre pour garder nos acquis mais surtout pour pouvoir continuer à rencontrer nos collègues sur leurs lieux de travail... car l’excuse pour l’employeur est désormais « évitons tout déplacement inutile. »  

Mais la délégation a 20 ans d’histoire syndicale et nous avons une très bonne coordination. Nous tirons profit des points forts de chacun et nous continuerons à rester à l’écoute de nos collègues, que ce soit via nos visites en magasins ou les réseaux sociaux comme ces derniers mois.  
 
Propos recueillis par Florence Boisart

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