Non Marchand - Penser l’après-crise


Les secteurs du Non Marchand et leurs travailleurs auront un rôle central à mener ces prochaines semaines et ces prochains mois. Qui mieux que ces professionnels peuvent proposer leur expertise, leurs connaissances, leur professionnalisme pour permettre à la société de ne pas rater, dans le cadre du déconfinement, la nécessaire cohésion sociale ? Qui mieux que ces secteurs, chacun à leur manière, peuvent faire en sorte de ne laisser personne sur le bord du chemin, et de surcroît les plus fragiles ? 

 

C’est l’essence-même, l’identité-même du Non Marchand. Ce rôle majeur d’acteur sociétal est rendu possible par la grande capacité d’adaptation et du secteur et du personnel de terrain. 


Les problèmes rencontrés par les travailleurs permettent de réfléchir à un décloisonnement des secteurs du Non Marchand, qui permettrait un travail collaboratif et de réseau intensifié (à titre d’exemple : le soutien psychologique dans les institutions peut être mené par les services de santé mentale ; le monde culturel et socio-culturel pourrait, sous certaines conditions, intervenir dans les institutions ou sur les réseaux, les aides ménagères sociales pourraient mener leurs activités dans les sites de formation, etc.).  

Sortir de la logique d’imposition  

Mais il faudra d’abord sortir de la logique d’imposition de décisions prises « sous couvert de l’expertise des scientifiques », au nom du bien commun que seuls eux prendraient en compte. Et enfin se reposer sur une des richesses du patrimoine social belge, à savoir la concertation sociale. Celle-ci est largement non seulement ignorée, mais bien souvent bafouée pendant cette période de crise. Des décisions sont prises sans aucune concertation avec les interlocuteurs sociaux du secteur, et s’imposent en dogmes dans les Commissions paritaires et les institutions/associations, créant ainsi des distorsions inimaginables dans les relations sociales sur le terrain. Il est fort à parier qu’en sortie de crise, ce qui a dû être accepté par le personnel « pour ne pas être considérés comme des déserteurs, des lâches », créera un ressentiment difficilement maîtrisable, dont les issues risquent bien de succomber aux sirènes populistes ou de replis sur soi. Il s’agira donc de tenter de réparer les dégâts par une implication structurée des travailleurs du secteur, au niveau de l’ensemble du Non Marchand, des Commissions paritaires sectorielles, et des entreprises (CE, CPPT, DS).  

Globalement, le secteur ne pourra assurer les missions qui sont les siennes en sortie de crise que si les autorités subsidiantes garantissent la couverture des dépenses liées à la crise, aussi bien pendant la crise que pendant toute la durée du trajet de remise en route des activités, avec tous les besoins émergents. Parmi ceux-ci, il faudra prendre en compte l’impact de la crise Covid sur la santé physique et psychique des travailleurs.  

Prévoir un refinancement 

Le sous-financement structurel des fonctions de protection sociale (pas seulement la Sécurité sociale, mais l’ensemble des fonctions de protection de la capacité de garantir du bien-être à l’ensemble de la société, quels que soient les aléas de la vie) mène à une incapacité de répondre à de tels défis. La crise sanitaire est un révélateur incroyable du manque de moyens humains et matériels dont souffrent les secteurs depuis de longues années. Un refinancement structurel des fonctions collectives est indispensable, ce qui nécessitera une remise en question fondamentale de la suprématie de l’économique sur la recherche de bien-être collectif. 

Pour le personnel de terrain qui, depuis des semaines, est mis en danger par des décisions imposées sans aucune concertation avec les représentants syndicaux du secteur, la crise c’est la peur, la souffrance, la fatigue, les larmes, et un énorme sentiment de manque de reconnaissance ! Dès à présent, nous prenons rendez-vous… La rentrée sera chaude ! 
#onsensouviendra 

 

Stéphanie Paermentier et Yves Hellendorff 


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