Edgar Szoc - Celui qui faisait rire dans le poste…



S’il a travaillé pour Ecolo et la CSC, Edgar Szoc est surtout connu pour être le membre le plus drôle de l’émission « C’est presque sérieux » sur La Première. Il nous reçoit de bon matin, le cheveu légèrement en bataille, quelques semaine avant le confinement. 

 

Souvent, pour les jeunes, le premier contact avec le syndicat, c'est le chômage. Moi c’est quand j'ai commencé à travailler à la CSC. » Il connaît donc bien la machine, qu’il compare à un gros paquebot qui manque un peu de souplesse. « Je ressens une tension entre l'utilité indéniable des syndicats et une certaine critique par rapport à ce qu'ils sont effectivement. Et puis parfois », ajoute-t-il, « les grands idéaux du départ sont un peu perdus de vue. On préfère s'intéresser à ceux qui ont déjà des droits plutôt qu'à en garantir plus à ceux qui en ont le moins ». 

Pour lui, le cœur du métier des syndicats, c'est évidemment les relations de travail mais pour que ce cœur soit correctement irrigué, il y a du travail en dehors : « Cela n’a pas de sens de faire ce travail sans s'intéresser au contexte plus général, dans un monde à la Mad Max où le climat aurait augmenté de 4°. La lutte contre le bouleversement climatique est une espèce de garantie de civilisation et défendre les sans-papiers n’est peut-être pas très populaire, même auprès de certains affiliés, mais c’est pourtant dans l’intérêt bien compris des syndicats. » 

Pour lui, le phénomène d’uberisation n’a pas - encore - pris l’ampleur annoncée : « On disait que 47% des emplois étaient menacés par le phénomène, mais jusqu’ici, ce n’est pas si massif que ça. On se rend compte que ce genre de truc purement anonyme, ça ne marche pas, les gens ont besoin d'une relation de confiance. Il y a quand même des forces qui poussent à la fidélisation. » Et si les syndicats sont suffisamment réceptifs et bien organisés, cela peut même, selon lui, redonner du sens au syndicalisme : « Il y a un côté lutte de tous contre tous qui n'est pas très propice dans un premier temps, mais il va y avoir tellement de perdants que, à l'exception des 5 ou10 % de gagnants, les autres vont se dire que, en fait on est plus fort quand on se rassemble. Dans un premier temps évidemment c'est préjudiciable pour le syndicat mais Il y aura un mouvement de balancier comme avec le syndicat des travailleurs free-lance. » 

S’il considère que la grève est l’outil principal des syndicats, incontournable dans l’établissement d’un rapport de force, il trouve que les syndicats ne sortent pas assez d’un canevas déjà bien usé qui ne parle plus à une grande partie de la population. « Je n’utiliserais jamais l’expression prise d’otage, mais je crois que faire des journées pendant lesquelles on ne paye pas les transports publics permettrait de s'acquérir un plus grand soutien auprès des usagers. Je n’ai pas l’impression que la grève soit impopulaire, il y a toujours une bonne partie de la population qui continue à être plutôt pour les travailleurs et contre les patrons, pour le dire vite. » 

« Parfois, de petites associations, avec de petits moyens parviennent à être beaucoup plus créatives que les syndicats. Je pense qu’il y a des choses qui pourraient être dites autrement pour être mieux entendues. » Il nous reparle d’une vidéo où de faux inspecteurs de l’ONEm faisaient des visites domiciliaires chez certains ministres. « Il y avait à la fois une certaine forme de conflictualité, de l'humour et le message passait bien. » 

Parce que, selon lui, les syndicalistes manquent parfois d’humour. Même si c’est un outil difficile à manier : "C’est la quadrature du cercle que de faire passer un message clair en jouant éventuellement sur l’ironie et le second degré sans nécessairement blesser des gens. C'est un des trucs très frustrants, pour un humoriste : si on veut faire passer un message, ça peut vite devenir pas très drôle parce que les gens sentent que le rire n'est plus gratuit. Mais en même temps faire des blagues pour des blagues, c'est un peu pauvre. » 
  
« Il y a des tas de blagues avec lesquelles j'ai grandi dans les années 80 et 90 auxquelles rétrospectivement j'ai un peu honte d'avoir ri. Pour toute une série de raisons, que j'approuve, c'est devenu beaucoup moins acceptable socialement. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut plus rien dire, ça veut dire qu'on ne peut plus blesser gratuitement des gens devant un grand public. Avant, l’humour de droite, c’était se moquer des femmes, des minorités, des homosexuels », ajoute-t-il, 
« mais il semblerait que se moquer des syndicats reste vraiment le truc politiquement correct... » 
 
Propos recueillis par Linda Léonard 

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