Commerce - Point d’avenir sans nous


Ces dernières semaines, notre secteur a été malgré lui au-devant de la crise. Entre magasins ouverts et angoisse extrême, il a fallu se battre pour obtenir en priorité des mesures de sécurité. 

Un juste retour des profits engrangés pendant cette période a aussi été négocié. En effet, les supermarchés ont noté des croissances vertigineuses avec 506 millions d’euros de ventes supplémentaires. Cela n’a pu se faire que grâce aux efforts continus d’un personnel fortement mis à contribution. A contrario, certains travailleurs se sont retrouvés au chômage avec son impact violent sur leurs revenus. Deux faces d’une même crise dont il est important de penser la sortie. 

Covid : révélateur et accélérateur de tendances existantes… 

L’utilisation de l’e-commerce a été variée suivant les entreprises : un incroyable bond dans l’alimentaire, entre continuité et arrêt dans le non-alimentaire. Ainsi les remous causés par son impact et de celui des nouvelles technologies en est décuplé. Plus que jamais, les entreprises qui n’avaient pas anticipé ce tournant sont mises à mal mettant en danger l’avenir de l’emploi de milliers de personnes. D’autres au contraire en ressortent gagnantes avec des perspectives nouvelles par rapport à la période d’avant la crise. Le secteur tente de se mouler (voire de précéder) aux demandes du client.  


L’évolution de cette demande structurera-t-elle les emplois et les magasins autrement (horaires, offres…) ? Le consommateur aura-t-il pris goût à cet e-commerce ? Optera-t-il pour ce moyen qu’il jugera peut-être plus sûr dans un contexte sanitaire inchangé ? La crise a aussi mis en avant la possibilité d’une consommation autre dans un rythme de vie qui s’est recentré sur soi et sa famille : circuits courts, cuisiné maison, recyclage de vêtements, culture de ses propres produits, shopping local... Est-ce que cette parenthèse aura un effet durable sur le secteur et le poussera à s’adapter voire à se recomposer ? 

L’impact social du coronavirus n’en est qu’à ses débuts. Les annonces de licenciements sont déjà journalières, l’impact du chômage économique sur les revenus de la population ne sont pas à minimiser. De quoi sera fait l’avenir du secteur dans les mois et années à venir ? Quel impact cela aura-t-il sur nos travailleurs dont le maintien de l’emploi est si intimement lié au pouvoir d’achat de la population ? Si nous craignions déjà des fermetures ou restructurations avant la crise, cette crainte en est d’autant plus exacerbée aujourd’hui mais tous les travailleurs ne seront pas logés à la même enseigne. Il faudra donc pouvoir trouver des pistes d’avenir solidaires. Plus que jamais, nous appelons les entreprises et la fédération patronale à anticiper avec les interlocuteurs sociaux pour trouver des solutions structurelles qui ouvrent d’autres perspectives que des pertes d’emploi et des annonces de restructuration. 


Enfin, la crise Covid-19 a aussi été révélatrice de questions de société importantes, notamment la question des statuts des secteurs qui se sont retrouvés essentiels. Elle a mis en lumière la réalité de métiers peu reconnus avec majoritairement des bas salaires, des temps partiels et des horaires flexibles. Pourtant, ce sont entre autres ces métiers-là qui étaient au chevet des confinés pour leur permettre de continuer à manger, à vivre un peu normalement et, depuis peu, aussi de s’occuper (livres, sports, loisirs créatifs...). Cette question devra être soulevée dans les mois qui viennent en entreprise comme au niveau sectoriel.  

Et demain ? Prendre le pas sur la fatalité pour assurer un avenir pour tous 

La période à venir ouvre beaucoup de questions et d’incertitudes. Pourtant, celle-ci doit être une opportunité pour les travailleurs du Commerce de dessiner eux-mêmes les contours du secteur. Nous devons ensemble porter des propositions positives aux crises que nous subirons sans l’ombre d’un doute dans les mois qui viennent. Les crises ne sont pas une fatalité mais bien l’occasion de construire un renouveau.  

Face à la baisse du nombre d’emplois, à la recomposition inévitable des métiers, nous avons des propositions qui permettent aussi de revaloriser nos statuts. La crise, son caractère inédit et global, son urgence et sa dureté nous oblige à sortir des sentiers battus. 

La RTT comme solution ! 


Plus que jamais, la réduction du temps de travail au niveau sectoriel est un outil offrant un avenir à nos travailleurs. Elle permet de redistribuer le travail, en sauvant ainsi des emplois et de revaloriser les statuts existants en augmentant la valeur des contrats à temps partiel. Elle permet aussi de rendre attractif des emplois qui deviennent difficiles à pourvoir et prévoir des solutions plus humaines pour les carrières longues au travers de solutions innovantes (formation, tutorat…). L’organisation du travail serait adaptée en conjuguant conciliation vie privée/vie professionnelle des travailleurs et l’offre aux clients. La RTT est un des outils qui permettraient d’offrir aux travailleurs du secteur un avenir sans licenciement sec. Quant à la faisabilité de cette mesure qui sera le premier argument que l’on nous opposera, faut-il rappeler qu’une partie du secteur a bénéficié grassement de cette crise et que quand il a fallu sauver des banques ou des compagnies aériennes, des fonds ont été trouvés ? Donnons-nous les moyens de passer dans le Commerce de demain avec les travailleurs d’aujourd’hui grâce un dialogue social constructif et ambitieux. Et vite ! 

 Delphine Latawiec 

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