Syndicaliste - Laura Eliaerts et Jaklien Broekx
Nous connaissons tous les terribles images des usines textiles qui s’effondrent au Bangladesh ou des mines de cobalt en République démocratique du Congo qui exploitent de nombreux enfants. En 2021, bon nombre de produits liés aux violations des droits humains sont encore vendus sur le marché européen. Les lois contraignant ces entreprises à une devoir de vigilance tout au long de la chaîne d’approvisionnement sont la clé pour mettre un terme à ces situations. Les nouvelles sont bonnes sur ce plan. Tant en Europe que dans notre pays.
Actuellement, les entreprises sont dispersées partout dans le monde. Bon nombre d’entre elles polluent l’environnement, violent les droits des travailleurs et des syndicats, volent les terres des populations indigènes ou soutiennent l’esclavage moderne. Elles s’en sortent en toute impunité. Lorsque les gens réagissent, ils sont souvent jetés en prison, licenciés, voire parfois tués. La Commission européenne a décidé en 2020 d’adopter une nouvelle loi qui contraint les entreprises au devoir de vigilance tout au long de la chaîne d’approvisionnement dans le respect des droits humains (Human Rights Due Diligence (HRDD). Grâce à cette loi, à l’initiative du commissaire européen à la Justice, notre compatriote Didier Reynders, les entreprises sont tenues pour responsables des dommages qu’elles causent.
Campagne européenne
Pour que cette réglementation rencontre un large consensus, la Commission organise une grande consultation auprès des entreprises, des syndicats, des ONG, des mouvements écologistes…, et des citoyens. Chacun peut s’exprimer jusqu’au 8 février. La Commission ne facilite pas les choses: cette consultation compte environ 30 pages et est assez compliquée. Heureusement, la Confédération européenne des syndicats CES), en coopération avec d’autres organisations, a eu une idée lumineuse. Elle a développé un site web en pas moins de huit langues, sur lequel vous pouvez télécharger vos revendications syndicales et les envoyer à la Commission en quelques clics.
Sous le slogan #HoldBizAccountable («tenir les entreprises pour responsables»), nous plaidons notamment pour que les syndicats soient solidement associés au processus HRDD.
Nous devons nous assurer que les entreprises prennent soin des êtres humains et de l’environnement et puissent même être appelées à rendre des comptes devant les tribunaux. Non seulement pour leurs propres usines, mais aussi pour leurs fournisseurs et pour les fournisseurs de leurs fournisseurs. De la Belgique au Bangladesh en passant par la RDC, partout dans le monde.
Participez!
En quelques clics, vous pouvez infléchir la législation qui influencera les actes de millions d’entreprises dans toute l’Union européenne. Plus le nombre de participants sera élevé, plus la proposition de la Commission sera réellement contraignante. Le temps presse! Faites entendre votre voix avant le 8 février et surfez sur: https://www.enforcinghumanrights-duediligence.eu/fr
Victoire à la Chambre!
Cet appel prend également de l’ampleur dans notre pays. Le 14 janvier, la Chambre a adopté une résolution qui enjoint le gouvernement belge à élaborer un cadre réglementaire pour inciter les entreprises à respecter les droits humains et à prévenir leurs violations. C’est aussi un appel à jouer un rôle de pionnier dans ce domaine au sein des forums internationaux et européens pour parvenir, à terme, à imposer le devoir de vigilance dans la chaîne d’approvisionnement des entreprises. Deux parlementaires d’Écolo et du PS sont à l’initiative de ce texte. Ils appellent la Belgique à plaider pour l’adoption d’une réglementation européenne et des Nations unies (et de l’UE) et demandent également que notre pays développe son propre cadre national, en d’autres termes une loi belge. Cette résolution est une première victoire pour la société civile, qui dénonce depuis des décennies les catastrophes environnementales et les violations des droits humains et du travail.