À quand un Biden européen ?

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Le plan de relance du président Biden aux Etats-Unis est plus important et plus social que le plan de relance européen.  

 

Tab crise

Les Etats-Unis répondent à la crise économique du Covid-19 d’une manière autrement plus forte que ne le fait l’Europe. Le plan de relance de Biden repose sur une enveloppe financière de 6.000 milliards de dollars (4.931 milliards d’euros) sur dix ans. Ce chiffre représente 29% du PIB états-unien. L’Europe a adopté il y a quelques mois une enveloppe financière de 1.835 milliards d’euros sur six ans, soit 12% du PIB de l’UE. Depuis son investiture, Biden multiplie les plans, avec un plan de sauvetage (axé sur les mesures médicales et le soutien des revenus), un plan d’investissement dans les infrastructures (American Jobs Plan), un plan de soutien aux familles, un plan de taxation et un plan climatique.  

Bon calcul économique 

Chaque année pendant dix ans, le gouvernement états-uniens va donc injecter 3% du PIB de liquidités dans l’économie. L’Europe le fera aussi, mais à raison de 2% du PIB par an. En outre, bon nombre des liquidités européennes seront des prêts aux entreprises tandis que les liquidités américaines seront des aides directes aux ménages et aux entreprises. Le plan de relance américain aura un impact direct sur l’économie, la croissance se relevant selon l’OCDE à 6,5% en 2021 et à 4% en 2022. Dès l’année prochaine, les Etats-Unis auront effacé l’impact de la crise et amélioré leur potentiel à long terme. Ce ne sera pas le cas de la zone euro, dont la croissance ne rebondira que de 3,9% en 2021 et de 3,8% en 2022. Parce qu’elle est tétanisée par la peur de dépenser trop, l’Europe ne lutte pas assez contre la crise et risque de perdre du terrain sur ses principaux concurrents, la Chine et les Etats-Unis. La Belgique n’est pas mieux lotie. D’une part son plan de relance est ténu : 5 milliards d’euros fournis par l’Europe, soit seulement 1% du PIB. D’autre part le gouvernement veut dès 2021 réduire le déficit, ce qui minera la relance. La Belgique ne comprend pas que quand le taux d’intérêt est proche de zéro, le déficit budgétaire n’est pas un problème. 

 

Tournant social 


Le plan de relance américain n’est pas seulement puissant sur un plan économique, il est véritablement social. Les mesures transitoires de relance de Biden vont faire grimper le revenu des ménages de 4,7% en moyenne en 2020 et 2021. À cela s’ajoutera le doublement du salaire minimum d’ici à 2025. L’arrivée de Biden pourrait marquer une renaissance de la négociation collective et du syndicalisme aux Etats-Unis, un siècle ou presque après Roosevelt. Biden, qui s’affiche volontiers comme un « gars des syndicats » (union’s guy), demande au Congrès américain de voter une loi renforçant les libertés syndicales et la négociation collective. Sur le terrain de la fiscalité, les annonces sont non moins spectaculaires. Après des décennies de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises, c’est la fiscalité équitable qui est à l’honneur. Le président propose aux autres pays un accord mondial qui obligerait les multinationales à payer au moins 15% d’impôt sur leurs bénéfices. Exit l’évasion fiscale et la concurrence des Etats pour abaisser leur taux de taxation des entreprises. Biden annonce aussi un relèvement du taux de taxation des sociétés aux Etats-Unis, de 21% à 28%. Il s’attaque aux plus riches en relevant le taux d’imposition sur la tranche supérieure des revenus et en taxant les plus-values. Ces mesures rapporteraient 4.000 milliards de dollars sur dix ans, somme qui proviendrait à 93% des 20% les plus riches de la population américaine.  
Que fait l’Europe ? 


Après Biden, l’Europe apparaît bien moins sociale que conservatrice. Aux Etats-Unis, des salaires qui progressent, des riches qui paient, des syndicats qui relèvent la tête. En Europe, une progression des salaires réels dérisoire (0,4% sur deux ans), des riches et des entreprises qui continuent d’échapper à l’impôt, une négociation collective cadenassée, l’obsession de l’équilibre budgétaire. À quand un Biden européen ? 
 

Etienne Lebeau 

 

 


À quand un Biden européen ?

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Le plan de relance du président Biden aux Etats-Unis est plus important et plus social que le plan de relance européen.  

 

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Les Etats-Unis répondent à la crise économique du Covid-19 d’une manière autrement plus forte que ne le fait l’Europe. Le plan de relance de Biden repose sur une enveloppe financière de 6.000 milliards de dollars (4.931 milliards d’euros) sur dix ans. Ce chiffre représente 29% du PIB états-unien. L’Europe a adopté il y a quelques mois une enveloppe financière de 1.835 milliards d’euros sur six ans, soit 12% du PIB de l’UE. Depuis son investiture, Biden multiplie les plans, avec un plan de sauvetage (axé sur les mesures médicales et le soutien des revenus), un plan d’investissement dans les infrastructures (American Jobs Plan), un plan de soutien aux familles, un plan de taxation et un plan climatique.  

Bon calcul économique 

Chaque année pendant dix ans, le gouvernement états-uniens va donc injecter 3% du PIB de liquidités dans l’économie. L’Europe le fera aussi, mais à raison de 2% du PIB par an. En outre, bon nombre des liquidités européennes seront des prêts aux entreprises tandis que les liquidités américaines seront des aides directes aux ménages et aux entreprises. Le plan de relance américain aura un impact direct sur l’économie, la croissance se relevant selon l’OCDE à 6,5% en 2021 et à 4% en 2022. Dès l’année prochaine, les Etats-Unis auront effacé l’impact de la crise et amélioré leur potentiel à long terme. Ce ne sera pas le cas de la zone euro, dont la croissance ne rebondira que de 3,9% en 2021 et de 3,8% en 2022. Parce qu’elle est tétanisée par la peur de dépenser trop, l’Europe ne lutte pas assez contre la crise et risque de perdre du terrain sur ses principaux concurrents, la Chine et les Etats-Unis. La Belgique n’est pas mieux lotie. D’une part son plan de relance est ténu : 5 milliards d’euros fournis par l’Europe, soit seulement 1% du PIB. D’autre part le gouvernement veut dès 2021 réduire le déficit, ce qui minera la relance. La Belgique ne comprend pas que quand le taux d’intérêt est proche de zéro, le déficit budgétaire n’est pas un problème. 

 

Tournant social 


Le plan de relance américain n’est pas seulement puissant sur un plan économique, il est véritablement social. Les mesures transitoires de relance de Biden vont faire grimper le revenu des ménages de 4,7% en moyenne en 2020 et 2021. À cela s’ajoutera le doublement du salaire minimum d’ici à 2025. L’arrivée de Biden pourrait marquer une renaissance de la négociation collective et du syndicalisme aux Etats-Unis, un siècle ou presque après Roosevelt. Biden, qui s’affiche volontiers comme un « gars des syndicats » (union’s guy), demande au Congrès américain de voter une loi renforçant les libertés syndicales et la négociation collective. Sur le terrain de la fiscalité, les annonces sont non moins spectaculaires. Après des décennies de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises, c’est la fiscalité équitable qui est à l’honneur. Le président propose aux autres pays un accord mondial qui obligerait les multinationales à payer au moins 15% d’impôt sur leurs bénéfices. Exit l’évasion fiscale et la concurrence des Etats pour abaisser leur taux de taxation des entreprises. Biden annonce aussi un relèvement du taux de taxation des sociétés aux Etats-Unis, de 21% à 28%. Il s’attaque aux plus riches en relevant le taux d’imposition sur la tranche supérieure des revenus et en taxant les plus-values. Ces mesures rapporteraient 4.000 milliards de dollars sur dix ans, somme qui proviendrait à 93% des 20% les plus riches de la population américaine.  
Que fait l’Europe ? 


Après Biden, l’Europe apparaît bien moins sociale que conservatrice. Aux Etats-Unis, des salaires qui progressent, des riches qui paient, des syndicats qui relèvent la tête. En Europe, une progression des salaires réels dérisoire (0,4% sur deux ans), des riches et des entreprises qui continuent d’échapper à l’impôt, une négociation collective cadenassée, l’obsession de l’équilibre budgétaire. À quand un Biden européen ? 
 

Etienne Lebeau 

 

 


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