Demain, un salaire minimum décent dans chaque pays européen ?

La Commission européenne veut garantir à chaque travailleur européen un salaire minimum décent. Elle a lancé un vaste processus de consultation des partenaires sociaux. 

La plupart des pays européens disposent d’un salaire minimum, mais avec des variations considérables. En termes bruts, le salaire minimum atteint 2.142€ au Luxembourg et 1.655€ en Belgique, mais 758€ en Grèce et 312€ en Bulgarie. Pour de nombreux travailleurs payés au salaire minimum, le travail rémunéré n’est plus un rempart contre la pauvreté. En Belgique et au Luxembourg, 28% des travailleurs payés au salaire minimum ont des fins de mois difficiles. Mais c’est bien pire encore en Bulgarie et en Grèce : 55% et 85% respectivement.  
Une initiative à saluer 

La Commission relève donc le défi. Elle envisage un instrument législatif (directive ou recommandation) en vue de garantir à chaque travailleur européen un salaire minimum permettant une vie décente. L’initiative est à saluer. D’une part, elle montre que la Commission évolue et comprend enfin (!) que le salaire est ce qui permet à une personne de vivre plutôt qu’un obstacle à la compétitivité. D’autre part, la Commission n’hésite pas à bousculer les Etat membres, dans un domaine qui leur est quasiment réservé, non plus pour les pousser à l’austérité mais au progrès social. Elle devra être maligne pour surmonter l’hostilité de certains gouvernements, les uns défendant leurs lobbies d’entreprises, les autres leurs traditions nationales. Ainsi, dans les pays scandinaves, l’opposition à cette initiative est très forte, y compris de la part des syndicats. Ceux-ci sont très attachés à leur tradition nationale, qui fixe le salaire minimum par la négociation collective (secteurs et entreprises), sans aucune intervention de l’Etat.  

 

Quel contenu ? 


La Commission n’entend pas proposer un salaire minimum européen, au sens d’un montant en euros s’appliquant dans chaque pays. Elle veut seulement fixer des critères à respecter par chaque Etat lorsqu’il fixe son salaire minimum. Le niveau de celui-ci serait lié à plusieurs critères, comme le niveau du salaire moyen dans le pays considéré, le coût de la vie, le seuil de pauvreté, etc. La Confédération européenne des syndicats (CES) a défini des conditions précises qu’elle espère voir adopter par la Commission. Premièrement, le salaire minimum doit au moins être égal à 60% du salaire médian1 et à 50% du salaire moyen dans ce pays. Deuxièmement, des mesures spécifiques doivent permettre de vérifier l’adéquation de ce salaire minimum, tel qu’un panier de biens et de services, et une révision régulière de celui-ci doit être prévue, en concertation avec les partenaires sociaux. Car dans certains pays, un salaire minimum à 60% du salaire médian ne protège aucunement de la pauvreté, celui-ci étant lui-même très bas. Accroître le salaire minimum signifie donc aussi augmenter le niveau général des salaires, renforcer la négociation collective et le rapport de forces des syndicats. En Roumanie, par exemple, la part des travailleurs bénéficiant d’une convention collective de travail est passée de 100% à 22% en vingt ans, d’où des salaires ridiculement bas. La CES demande à la Commission d’inclure dans son projet un plan de renforcement de la négociation collective. 

 

Et en Belgique ?  


Si la Commission adopte les seuils définis par la CES, notre salaire minimum brut, le RMMMG, augmentera d’environ 21%, de 1.655€ à 2.016€. Première étape pour y parvenir : la négociation du prochain accord interprofessionnel. Cet AIP doit permettre de tirer l’une des leçons de la crise du Coronavirus, à savoir que bon nombre de travailleurs de première ligne étaient des travailleurs à bas salaire (commerce, transport, etc.). Il faut revaloriser leur salaire. Complémentairement, il faut augmenter le revenu des allocataires sociaux, comme nous l’avons rappelé dans la rue le 28 septembre dernier. 
  
Etienne Lebeau 
Source : Commission européenne (2020) 
1 Si on classe l’effectif des salariés de celui qui est le mieux payé à celui le moins bien payé, le salaire médian (ou médiane des salaires) est le niveau de salaire tel que 50% des salariés reçoivent plus et 50% reçoivent moins.
 

Demain, un salaire minimum décent dans chaque pays européen ?

La Commission européenne veut garantir à chaque travailleur européen un salaire minimum décent. Elle a lancé un vaste processus de consultation des partenaires sociaux. 

La plupart des pays européens disposent d’un salaire minimum, mais avec des variations considérables. En termes bruts, le salaire minimum atteint 2.142€ au Luxembourg et 1.655€ en Belgique, mais 758€ en Grèce et 312€ en Bulgarie. Pour de nombreux travailleurs payés au salaire minimum, le travail rémunéré n’est plus un rempart contre la pauvreté. En Belgique et au Luxembourg, 28% des travailleurs payés au salaire minimum ont des fins de mois difficiles. Mais c’est bien pire encore en Bulgarie et en Grèce : 55% et 85% respectivement.  
Une initiative à saluer 

La Commission relève donc le défi. Elle envisage un instrument législatif (directive ou recommandation) en vue de garantir à chaque travailleur européen un salaire minimum permettant une vie décente. L’initiative est à saluer. D’une part, elle montre que la Commission évolue et comprend enfin (!) que le salaire est ce qui permet à une personne de vivre plutôt qu’un obstacle à la compétitivité. D’autre part, la Commission n’hésite pas à bousculer les Etat membres, dans un domaine qui leur est quasiment réservé, non plus pour les pousser à l’austérité mais au progrès social. Elle devra être maligne pour surmonter l’hostilité de certains gouvernements, les uns défendant leurs lobbies d’entreprises, les autres leurs traditions nationales. Ainsi, dans les pays scandinaves, l’opposition à cette initiative est très forte, y compris de la part des syndicats. Ceux-ci sont très attachés à leur tradition nationale, qui fixe le salaire minimum par la négociation collective (secteurs et entreprises), sans aucune intervention de l’Etat.  

 

Quel contenu ? 


La Commission n’entend pas proposer un salaire minimum européen, au sens d’un montant en euros s’appliquant dans chaque pays. Elle veut seulement fixer des critères à respecter par chaque Etat lorsqu’il fixe son salaire minimum. Le niveau de celui-ci serait lié à plusieurs critères, comme le niveau du salaire moyen dans le pays considéré, le coût de la vie, le seuil de pauvreté, etc. La Confédération européenne des syndicats (CES) a défini des conditions précises qu’elle espère voir adopter par la Commission. Premièrement, le salaire minimum doit au moins être égal à 60% du salaire médian1 et à 50% du salaire moyen dans ce pays. Deuxièmement, des mesures spécifiques doivent permettre de vérifier l’adéquation de ce salaire minimum, tel qu’un panier de biens et de services, et une révision régulière de celui-ci doit être prévue, en concertation avec les partenaires sociaux. Car dans certains pays, un salaire minimum à 60% du salaire médian ne protège aucunement de la pauvreté, celui-ci étant lui-même très bas. Accroître le salaire minimum signifie donc aussi augmenter le niveau général des salaires, renforcer la négociation collective et le rapport de forces des syndicats. En Roumanie, par exemple, la part des travailleurs bénéficiant d’une convention collective de travail est passée de 100% à 22% en vingt ans, d’où des salaires ridiculement bas. La CES demande à la Commission d’inclure dans son projet un plan de renforcement de la négociation collective. 

 

Et en Belgique ?  


Si la Commission adopte les seuils définis par la CES, notre salaire minimum brut, le RMMMG, augmentera d’environ 21%, de 1.655€ à 2.016€. Première étape pour y parvenir : la négociation du prochain accord interprofessionnel. Cet AIP doit permettre de tirer l’une des leçons de la crise du Coronavirus, à savoir que bon nombre de travailleurs de première ligne étaient des travailleurs à bas salaire (commerce, transport, etc.). Il faut revaloriser leur salaire. Complémentairement, il faut augmenter le revenu des allocataires sociaux, comme nous l’avons rappelé dans la rue le 28 septembre dernier. 
  
Etienne Lebeau 
Source : Commission européenne (2020) 
1 Si on classe l’effectif des salariés de celui qui est le mieux payé à celui le moins bien payé, le salaire médian (ou médiane des salaires) est le niveau de salaire tel que 50% des salariés reçoivent plus et 50% reçoivent moins.
 

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