Une première évaluation du pacte vert européen

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En décembre, quelques jours après son entrée en fonction, la nouvelle Commission européenne a publié son « Pacte vert européen » (European Green Deal). Son ambition est de répondre aux énormes défis posés par le changement climatique et les multiples formes de destruction de l’environnement.

 

La réponse à ces défis est considérée par la nouvelle Commission comme la « tâche déterminante de cette génération ». Le premier paragraphe de ce document de 24 pages souligne qu’« un million des 8 millions d’espèces présentes sur la planète est en risque d’extinction. Les forêts et les océans sont pollués et détruits ». Pour renverser ces tendances, le pacte vert décline 8 axes principaux. Le premier est l’accélération du rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Le GIEC1 estime que d’ici à 2050 la planète devra atteindre la neutralité carbone2 pour éviter un réchauffement climatique catastrophique. Une loi climat européenne intégrant cet objectif est donc annoncée pour mars 2020. Les transformations qui permettront d’atteindre celui-ci sont détaillées dans les 7 autres axes. Elles concernent l’énergie, les bâtiments, le transport, l’économie circulaire, la biodiversité... La Commission chiffre à 260 milliards d’euros annuels le montant des investissements supplémentaires requis, soit 1,5% du PIB de l’UE.

Forcément lacunaire à ce stade, ce plan d’investissement impliquera des investissements publics, des prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) - transformée en « banque climat » - mais surtout un effort des entreprises. Le pacte vert semble donc reposer principalement sur un hypothétique engagement écologique du secteur privé. Deux dimensions supplémentaires du plan retiennent l’attention. La dimension sociale d’abord. Pour protéger les travailleurs perdant leur emploi à cause du déclin d’activités polluantes, un « Fonds de transition juste » sera créé. Il financera notamment des formations professionnelles pour les travailleurs contraints de changer d’emploi à cause de la transition climatique. La dimension éducative et culturelle est aussi mise en avant. La Commission veut financer des initiatives améliorant les connaissances et les compétences des étudiants d’école et d’université par rapport à l’environnement. 

Urgence, cohérence, post-croissance


À ce stade, le principal mérite du pacte vert européen est symbolique. Ursula von der Leyen réagit aux mobilisations citoyennes et sort un pacte dès le début de sa présidence, en le présentant comme le fil conducteur de son action. Elle charge le numéro deux de la Commission, Frans Timmermans, de le mener à bien. Elle souligne l’importance de l’éducation et de la participation de la société. Au-delà des symboles, c’est sur ses actes qu’il faudra la juger. Et là, plusieurs remarques s’imposent. Tout d’abord, il faut avancer le calendrier. C’est dès maintenant que l’avenir de la planète se joue. La loi climat de mars prochain devra donc fixer ses objectifs par rapport aux prochaines années, sans attendre 2050. Ensuite, il faut aller plus loin dans l’alignement des politiques européennes avec le pacte. L’actuelle négociation d’un accord commercial avec le Mercosur (comprenant le Brésil) doit être suspendue. Cet accord serait catastrophique pour la forêt amazonienne, en renforçant l’exportation de ses ressources naturelles vers l’Europe. Puis, il faut une révision des règles budgétaires européennes.

À l’heure actuelle, celles-ci freinent les investissements des gouvernements dans des politiques écologiques (transport public, primes au logement, réparation des milieux naturels…) au lieu de les encourager. Enfin, plus fondamentalement, il faut questionner le dogme de la croissance économique. La Commission popularise son pacte vert comme une « nouvelle stratégie de croissance ». Elle devrait au contraire écouter les nombreux économistes et scientifiques qui montrent que la survie de la planète est rigoureusement impossible si la croissance continue. 

Etienne Lebeau

1 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
2 La neutralité carbone est définie comme étant zéro émission nette tous gaz à effet de serre confondus.

Une première évaluation du pacte vert européen

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En décembre, quelques jours après son entrée en fonction, la nouvelle Commission européenne a publié son « Pacte vert européen » (European Green Deal). Son ambition est de répondre aux énormes défis posés par le changement climatique et les multiples formes de destruction de l’environnement.

 

La réponse à ces défis est considérée par la nouvelle Commission comme la « tâche déterminante de cette génération ». Le premier paragraphe de ce document de 24 pages souligne qu’« un million des 8 millions d’espèces présentes sur la planète est en risque d’extinction. Les forêts et les océans sont pollués et détruits ». Pour renverser ces tendances, le pacte vert décline 8 axes principaux. Le premier est l’accélération du rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Le GIEC1 estime que d’ici à 2050 la planète devra atteindre la neutralité carbone2 pour éviter un réchauffement climatique catastrophique. Une loi climat européenne intégrant cet objectif est donc annoncée pour mars 2020. Les transformations qui permettront d’atteindre celui-ci sont détaillées dans les 7 autres axes. Elles concernent l’énergie, les bâtiments, le transport, l’économie circulaire, la biodiversité... La Commission chiffre à 260 milliards d’euros annuels le montant des investissements supplémentaires requis, soit 1,5% du PIB de l’UE.

Forcément lacunaire à ce stade, ce plan d’investissement impliquera des investissements publics, des prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) - transformée en « banque climat » - mais surtout un effort des entreprises. Le pacte vert semble donc reposer principalement sur un hypothétique engagement écologique du secteur privé. Deux dimensions supplémentaires du plan retiennent l’attention. La dimension sociale d’abord. Pour protéger les travailleurs perdant leur emploi à cause du déclin d’activités polluantes, un « Fonds de transition juste » sera créé. Il financera notamment des formations professionnelles pour les travailleurs contraints de changer d’emploi à cause de la transition climatique. La dimension éducative et culturelle est aussi mise en avant. La Commission veut financer des initiatives améliorant les connaissances et les compétences des étudiants d’école et d’université par rapport à l’environnement. 

Urgence, cohérence, post-croissance


À ce stade, le principal mérite du pacte vert européen est symbolique. Ursula von der Leyen réagit aux mobilisations citoyennes et sort un pacte dès le début de sa présidence, en le présentant comme le fil conducteur de son action. Elle charge le numéro deux de la Commission, Frans Timmermans, de le mener à bien. Elle souligne l’importance de l’éducation et de la participation de la société. Au-delà des symboles, c’est sur ses actes qu’il faudra la juger. Et là, plusieurs remarques s’imposent. Tout d’abord, il faut avancer le calendrier. C’est dès maintenant que l’avenir de la planète se joue. La loi climat de mars prochain devra donc fixer ses objectifs par rapport aux prochaines années, sans attendre 2050. Ensuite, il faut aller plus loin dans l’alignement des politiques européennes avec le pacte. L’actuelle négociation d’un accord commercial avec le Mercosur (comprenant le Brésil) doit être suspendue. Cet accord serait catastrophique pour la forêt amazonienne, en renforçant l’exportation de ses ressources naturelles vers l’Europe. Puis, il faut une révision des règles budgétaires européennes.

À l’heure actuelle, celles-ci freinent les investissements des gouvernements dans des politiques écologiques (transport public, primes au logement, réparation des milieux naturels…) au lieu de les encourager. Enfin, plus fondamentalement, il faut questionner le dogme de la croissance économique. La Commission popularise son pacte vert comme une « nouvelle stratégie de croissance ». Elle devrait au contraire écouter les nombreux économistes et scientifiques qui montrent que la survie de la planète est rigoureusement impossible si la croissance continue. 

Etienne Lebeau

1 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
2 La neutralité carbone est définie comme étant zéro émission nette tous gaz à effet de serre confondus.

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