Les coursiers se battent contre Deliveroo

 

Retour sur le combat mené par les coursiers de Deliveroo depuis plusieurs mois. L’action conjointe de la CNE et de Transcom aide ces travailleurs précaires à s’organiser malgré leur « atomisation ».

 

 

En octobre dernier, Deliveroo a annoncé ne plus vouloir travailler avec des coursiers salariés à la journée via Smart, mais uniquement avec des coursiers indépendants. Pourquoi ? Pour pouvoir payer leurs prestations non plus à l’heure de travail, mais à la livraison : 7,5€ si on est indépendant à titre principal, 5€ pour les étudiants indépendants. 

 

 Les coursiers ne s’y sont pas trompés. Etre payés à la livraison, cela veut dire que le temps d’attente chez les restaurateurs ou entre les commandes ne serait plus payé. Comme ils ne contrôlent pas le nombre de commandes qui leur sont attribuées (par l’algorithme de la plateforme Deliveroo), cela signifie qu’il n’y a plus aucune garantie de revenu par heure de travail. Déjà que le nombre d’heures de travail n’est nullement garanti ! Ensuite, Deliveroo a démontré dans les autres pays d’Europe qu’il n’hésite pas à diminuer unilatéralement le prix de la course.

 

 Mais le statut d’indépendant, cela signifie aussi : 
• plus de salaire minimum ;
• plus de limite, ni inférieure, ni supérieure, à la durée du travail ;
• les accidents du travail ne sont plus couverts par l’assurance-loi ;
• pas de droit aux congés ;
• pas d’intervention de l’employeur en cas de maladie ;
• ceux qui livrent pour Deliveroo tout en cherchant un autre travail ne peuvent plus être demandeurs d’emploi et sont exclus des circuits d’aide à la mise au travail ;
• pas de concertation sociale.

 

 Les coursiers refusent d’être forcés d’adopter le statut d’indépendant. Ce serait d’ailleurs en soi une contradiction. En moyenne, les coursiers gagnent 360€ par mois et prestent deux mois pour Deliveroo. On peut comprendre qu’adopter le statut d’indépendant, tenir une comptabilité et faire des déclarations TVA est ridicule pour de tels montants. Deliveroo pousse des jeunes à s’inscrire comme indépendants sans comprendre exactement ce qu’ils font, au risque que certains se retrouvent dans quelques années avec une régularisation de cotisations ou de TVA.

 

 Si la CNE s’investit résolument dans ce combat, c’est notamment pour trois raisons. 

 Premièrement, les coursiers de Deliveroo sont de très jeunes travailleurs, étudiants ou qui commencent leur vie professionnelle. C’est leur premier contact avec le monde du travail. Nous ne pouvons pas supporter que, dans l’esprit des jeunes, travail rime avec misère et arbitraire.

 

 Deuxièmement, ce dossier illustre l’effet des mesures du gouvernement contre le droit du travail. En effet, ce gouvernement a adopté la loi « De Croo » (statut fiscal avantageux pour les 5.100 premiers euros tirés de l’économie dite collaborative) et se propose même de l’étendre. Ce gouvernement a créé le statut d’étudiant indépendant, avec le mirage qu’il fallait encourager l’entrepreneuriat chez les jeunes. On voit comment cela est ensuite cyniquement industrialisé par de grands groupes pour diminuer le revenu et exploiter la flexibilité de ces étudiants.

 

 Troisièmement, il y a ici un abus manifeste du statut d’indépendant et il faut réagir avant le fait accompli. Les coursiers protestataires font paradoxalement le lien entre travail indépendant et esclavage. Déjà le statut indépendant se répand dans de nombreux secteurs d’activité et collectifs de travail, et pas seulement du fait de l’économie de plateforme (Horeca, transport, maintenance, vente…). Avec à la clef accroissement de l’exploitation et dumping entre statuts. Si on tolère que l’activité de coursier à vélo puisse se faire sous statut d’indépendant, alors demain tous les travailleurs peuvent de même se voir forcés d’adopter ce statut, contournant ainsi toutes les règles du droit du travail.

 

 

Martin Willems

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