Grande distribution alimentaire : devrons-nous longtemps subir la fatalité?

 

Le self checkout de Carrefour coûtera 265 emplois de caissier-e-s soit 155 équivalents temps plein si aucune autre solution ne peut être trouvée.

 

 

Depuis près de 10 ans, la grande distribution alimentaire traîne son cortège de pertes d’emplois et de fermetures. Depuis 10 ans, les raisons avancées sont les mêmes. Un contexte concurrentiel très tendu qui voit s’affronter sur notre petit territoire une dizaine de concurrents alimentaires (soit plus que pour le territoire français !) sous tout format : proximité, supermarché, hypermarché, point de retrait… Tandis que la consommation recule et que le Belge se tourne de plus en plus vers les sites de commerce en ligne. L’e-commerce se développe, tous les secteurs de la consommation sont impactés. Les modes de consommation évoluent mais l’impact se joue sur les assortiments et les stratégies commerciales, moins sur l’emploi.

 

La course au temps gagné impacte tout le monde, consommateur comme travailleur

 Pris dans des rythmes de vie infernaux (horaires de travail extensibles et 7 jours sur 7, difficulté de concilier vie de famille et vie professionnelle, travaux ménagers...), nous courons tous après un temps que l’organisation de la société nous vole.

 

Mais quelles conséquences pour les travailleurs que nous sommes ?

 Pour aider le consommateur à consommer encore et toujours plus et par la même occasion maximiser les profits de l’entreprise, la grande distribution développe une stratégie qu’elle veut gagnante : aider le consommateur à gagner du temps en lui offrant des services rapides et efficaces. Dans cette logique, l’humain n’est pas au centre des solutions en magasin. En effet, si l’avenir se dessine avec quelques métiers de vente spécialisés, des réassorts pour achalander les étales, etc., d’autres métiers seraient voués à disparaître et au finish, le nombre d’heures nécessaires en magasin se voit fondre comme neige au soleil.

 

Pour cela, elle s’inscrit dans son temps : nouvelles technologies le long de toute la chaîne ; l’entrepôt, les commandes en magasin, développement de site internet, ouverture de points de retrait hors des magasins et au bout de cette chaîne, les caisses. Quel drame pour l’humain quand le système fait de lui le principal obstacle à son confort.

 

 Les caisses traditionnelles sont devenues malgré elles le symbole d’un vieux monde qu’il faut dépasser pour rencontrer les besoins des consommateurs, vivre avec son temps, gagner en productivité et diminuer ses coûts. Parce qu’in fine, ce n’est pas de notre confort dont il est question mais de faire en sorte de faire toujours plus de profits avec de moins en moins de charges, c’est-à-dire de salaires.

 

Les caissières doivent-elles pour autant subir ce sort ?

S’il est temps de requestionner le modèle de société dans lequel nous voulons vivre (le tout à la technologie ?), la fin de l’emploi dans le secteur n’a pas sonné. Depuis des années, nous plaidons au niveau des entreprises et des secteurs pour ensemble mettre en place des solutions qui permettraient à chacun des travailleuses et travailleurs du secteur de trouver un avenir qui ne soit pas fait de chômage. En effet, il est temps de mettre en place politiquement comme sectoriellement une réflexion sur l’emploi de demain qui ne passe pas uniquement par des plans sociaux à répétition où la variable d’ajustement est le travailleur. Il est temps de mettre en place dans l’entreprise comme au niveau du secteur une réelle politique de formation dans l’emploi qui permette à chacun des compétences qu’il pourra valoriser dans ce secteur ou dans un autre mais en lui permettant de rester dans un emploi convenable. Il est enfin temps chez Carrefour comme dans le secteur de reconnaître cette érosion de l’emploi et de prendre ses responsabilités en partageant l’emploi existant et futur. En 2001, le secteur est passé à 35h. Pourquoi les travailleurs ne pourraient-ils pas eux aussi bénéficier d’une nouvelle réduction qui permettrait à la fois de sauver l’emploi dans un contexte d’érosion et de lui rendre ce temps de vie si précieux ? Nous ne sommes pas dans des plans qui visent à sauver des entreprises au bord de la faillite mais dans un contexte où Carrefour comme Delhaize sont rentables. Et si le futur repassait par le partage du temps, du temps de travail et des fruits d’une croissance qui a suffisamment nourri les mêmes depuis plus de 10 ans ?  C’est en tout cas ce qui sera au cœur de la revendication et du combat de la CNE chez Carrefour comme dans le secteur.

 

 

Delphine Latawiec

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