Le nouveau paysage hospitalier : pas sans les travailleurs

 

Le secteur hospitalier s’apprête à vivre la plus importante réforme de son histoire. Pour le meilleur ou pour le pire ?

 

 

Dès son arrivée au gouvernement fédéral, la ministre de la Santé Maggie De Block a annoncé le grand chambardement, en imposant l’intégration des 108 hôpitaux du pays au sein de 25 réseaux, et pas un de plus. L’idée est bien de contraindre les institutions à collaborer, en répartissant les missions de soins loco-régionales (un seul hôpital par réseau en est chargé) et les missions de soins suprarégionales (seulement quelques hôpitaux sur tout le pays, désignés comme « points de référence »). 

 

L’objectif officiel, à savoir rationnaliser l’offre hospitalière pour la rendre moins coûteuse et plus efficace, peut évidemment être entendu. Mais la méthode imposée par la ministre promet des dommages collatéraux très inquiétants pour le personnel (comme pour les patients, soit dit en passant).

 

La fin ne justifie pas les moyens

L’impact de la réforme sur l’emploi et les conditions de travail est en effet sans commune mesure. Appliquée bêtement, la mise en réseaux conduira inévitablement à des doublons. En effet, réunir les services de différents hôpitaux pour n’en faire plus qu’un se traduit toujours par une réorganisation du travail, où les tâches ne sont pas additionnées mais bien « rationnalisées », a fortiori quand l’objectif est de faire des économies. Certains estiment ainsi jusqu’à 10% de pertes d’emploi dans le secteur, si rien n’est mis en place pour éviter l’hémorragie. 

 

 La réforme donnera par ailleurs une ampleur sans précédent à la mobilité géographique ou de fonction, qui oblige un travailleur à changer de site ou de service. Or, on sait combien le lieu de travail détermine l’organisation de la vie privée, et combien aussi le travail change fondamentalement d’un service à l’autre. Passer de la maternité aux urgences, ou de la gériatrie aux soins intensifs, change du tout au tout votre travail d’infirmière, pour ne prendre que ces exemples.

 

 Enfin, c’est un peu technique et pourtant très concret : les employeurs pourraient profiter de la réforme pour sortir toute une série de travailleurs du secteur public ou de la commission paritaire 330.01, qui encadre les conditions de travail du secteur. Comprenez : des conditions de travail bien moins avantageuses pour ces catégories de personnel, à commencer par les services « non cliniques » comme la cuisine, la buanderie, les ressources humaines, la pharmacie, l’entretien... qui seraient externalisés vers le réseau, ou sous-traités. 

 

 Bref, des « petits détails » qui promettent de grandes tensions dans les hôpitaux et des cheveux blancs aux personnes qui devront les gérer, mais surtout de gros dégâts pour l’un des secteurs les plus économiquement et socialement porteurs de notre pays : à la grosse louche, 150.000 travailleurs, 11 millions de bénéficiaires.

 

Les travailleuses et travailleurs sont la clé

Heureusement, rien n’est encore perdu. Mieux : la réforme pourrait même être l’occasion de sauver ce secteur. Tout le monde connaît la charge démesurée et les conditions de travail intenables du personnel hospitalier. Manque de bras, manque de temps, manque de reconnaissance… Celles et ceux qui sont censés pendre soin de nous souffrent, et de plus en plus au fil des années. 

 

 Se présentent alors deux options : soit le gouvernement pousse les employeurs (ou les soutient, c’est selon) à tirer encore un peu sur la corde, jusqu’à ce qu’elle casse, soit il met en place les conditions pour redonner du souffle aux travailleuses et travailleurs. Pour nous, le choix est simple. La plus grande réforme du paysage hospitalier ne sera un succès que si celles et ceux qui font vivre le secteur sont remis au centre des discussions. Car nous avons beau avoir les meilleurs équipements, la recherche la plus développée, l’organisation la plus efficace, l’offre de soins ne vaut rien sans les personnes qui les dispensent. 

 

 

Julie Coumont

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