3M Nivelles : chronique d’une mort annoncée

 

Après l’annonce de la fermeture de leur entreprise, les travailleurs de 3M Nivelles ont vécu des mois difficiles entre négociations, procédure Renault et repreneurs potentiels. 

 

Juin : annonce de la fermeture

Les travailleurs apprennent lors d’un CE extraordinaire que la multinationale américaine souhaite fermer son site de Nivelles avec pour conséquence, 110 travailleurs à la rue. Cette annonce est surprenante : la société nivelloise a un chiffre d’affaires en 2016 en augmentation et un bénéfice courant avant impôt de près d’un million, les travailleurs ont fait de gros sacrifices en matière de flexibilité et de polyvalence et les produits de haute qualité sont reconnus à travers le monde et utilisés pour la découpe, le meulage et la finition du verre, notamment dans l’industrie automobile.

 Octobre : procédure Renault enclenchée
 Les syndicats proposent alors des alternatives d’approches économiques, toutes rejetées par la direction. Des repreneurs sont intéressés par ce fleuron du groupe 3M mais ils sont également rejetés d’un revers de la main par la direction. A contrario, leurs propositions sont indécentes en matière de plan social. Une stratégie de pourrissement est alors menée par l’entreprise dans ce drame social incompréhensible. L’entité nivelloise est saine, son bilan a été présenté juste avant l’annonce de la fermeture. C’est une entreprise sans dette avec du cash et un bon ratio de solvabilité. Et le carnet de commandes est bien rempli ! Les travailleurs se rassemblent une première fois devant le siège social de l’entreprise 3M Belgique à Diegem en exigeant de rencontrer la direction.

 

Novembre : premier arrêt de travail

Le groupe 3M garantit faste et opulence aux actionnaires américains en établissant un record au Dow Jones grâce à ses résultats, tout en refusant des conditions de départ convenables pour Nivelles. Le personnel du site de Nivelles déplore la situation de blocage à laquelle il est confronté et annonce un arrêt de travail. Une assemblée est prévue pour valider le plan des actions futures. L’entreprise est décrétée « direction non admise ».

 

La direction Benelux de 3M, tout en motivant l’intention de fermeture de l’entreprise par de prétendus mauvais chiffres, se félicite, par communication interne à tous les travailleurs, des superbes performances atteintes. 3M passe de la 31ème position à la 19ème dans le classement mondial des entreprises qui ont la meilleure réputation en matière de responsabilité sociale ! Il y a comme un hic !

 

 Le personnel de 3M Nivelles souhaite alors briser l’isolement dans lequel il se trouve par des actions de sensibilisation et des appels vers le monde politique. La direction rejette toutes les demandes en vue de minimiser l’impact social au mépris de la loi Renault ; comme la recherche active d’un repreneur ou la demande d’assistance d’un bureau d’expertise indépendant pour fiabiliser les données financières/organisationnelles et l’établissement d’un plan industriel (visant à continuer les activités).

 

 Le personnel en colère rencontre la direction afin de demander un dialogue avec de vrais décideurs et pour rendre un visage humain à ce dossier technique pour cette multinationale.

 

 Fin novembre, la direction annonce deux candidats repreneurs sans en divulguer l’identité. Elle s’engage à redemander à la direction US d’augmenter le budget dédié au plan social de façon conséquente. Vu les engagements de la direction, le personnel décide en assemblée de suspendre l’action du blocage des livraisons du magasin.

 

Décembre : protocole d’accord ratifié

Le mois commençait mal avec des négociations sans consensus sur le plan social vu la marge de manœuvre minime (pas de moyens financiers supplémentaires) de la direction qui ne peut finaliser une proposition aboutie. 

 

 Mais deux semaines plus tard, le personnel de 3M Nivelles valide une proposition d’accord qui résultait de longues négociations. La perspective d’une reprise du site par un des deux candidats repreneurs a sans aucun doute pesé beaucoup dans la tête des travailleurs au moment de faire leur choix. La procédure Renault reste ouverte de manière à permettre aux représentants du personnel de continuer à être informés et consultés sur les dossiers de reprise. A l’heure de boucler cet article, il reste à espérer que 3M donnera toutes les chances à cette reprise potentielle de se réaliser et les syndicats continueront à mener des discussions constructives afin de garantir le maintien d’une activité industrielle sur le site nivellois.

 


Said Zaoudi

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