Numérique : quelle place pour les femmes ?

 

L’économie numérique est une forme d’organisation de l’économie qui exploite le potentiel d’une nouvelle génération de réseaux, d’objets communicants, de logiciels de traitement de données massives et de machines de plus en plus intelligentes. Cette forme d’économie va-t-elle faire disparaître des milliers d’emplois ? Quel sera son impact sur l’emploi des femmes ?


Les innovations technologiques ne datent pas d’hier. Mais aujourd’hui, elles prennent une autre ampleur qui nous amène à réfléchir sur la place du travail humain dans notre société et sur l’évolution de notre rapport avec les machines. Tous les secteurs sont concernés, même si les effets sont plus spectaculaires et plus visibles dans certains d’entre eux.  L’emploi dans le secteur bancaire en fait par exemple particulièrement les frais pour le moment. Des études mettent en avant que beaucoup d’emplois peu qualifiés vont avoir tendance à disparaître : des travaux de secrétariat et de bureau, des postes de vente, des emplois peu qualifiés dans les services postaux,  dans le secteur du nettoyage, dans l’industrie de la restauration… Par contre, l’emploi se développera dans des tâches moins routinières, dans de nouveaux secteurs, avec des nouveaux produits ou services, entre autres  dans les domaines de l’informatique, des mathématiques, de l’architecture et de l’ingénierie.  Sur cette base, on peut constater que l’emploi peu qualifié amené à disparaître risque de toucher majoritairement des femmes. Et à l’opposé, l’emploi créé n’est pas nécessairement celui où elles sont le plus présentes.  On trouve moins de 20% de femmes parmi les professionnels des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Pour aller à l’encontre de cela, l’Asbl Interface 3 forme chaque année 90 femmes aux professions de l’informatique et mène des actions pour décloisonner ces filières dès l’apprentissage scolaire.

Les évolutions technologiques sont également porteuses de nouvelles formes d’organisation du travail (télé travail, travail à domicile, travail en ligne, sur appel, via des plateformes sur Internet). Les plateformes numériques et le travail participatif se développent en mettant en concurrence directe des travailleurs de tous pays, avec des différences importantes de protection sociale, de niveau de salaire et de niveau de vie.  Le travail peut se faire de plus en plus n’importe où et n’importe quand. Cela amène quelques avantages (résolution de problèmes de mobilité, facilité de conciliation travail-famille, aménagements de l’horaire de travail…)  mais surtout des inconvénients (isolement social, frontière floue entre travail et vie privée, contrôle difficile des conditions de travail, dualisation de la société…). Là aussi,  sous des dehors séduisants, ces formes de travail peuvent également être un piège, particulièrement pour les femmes. Effectivement, la tentation est grande d’utiliser les nouvelles technologies pour travailler à domicile et faire plusieurs choses en même temps (garder un enfant malade,  gérer l’une ou l’autre tâche domestique au profit de la famille…). Ne risque-t-on pas dès lors de passer à côté d’un véritable partage des tâches de la sphère privée et de passer à côté d’une remise en question des rôles traditionnels attribués à la femme d’une part et à l’homme d’autre part ?  Veillons à ce que le travail à domicile ne soit pas purement et simplement un retour des femmes au foyer ! La limite entre la sphère privée et le travail exige une négociation avec les employeurs mais doit faire également l’objet d’une négociation au sein des foyers !

 

 L’économie numérique doit nous amener à nous poser les bonnes questions :
- Comment allons-nous faire en sorte que les nouveaux gains de productivité engendrés dans les secteurs à forte intensité technologique soient redistribués équitablement et non pas uniquement vers les actionnaires ?
- Comment faire pour que les nouvelles richesses produites permettent de développer l’emploi dans les services aux publics non encore rencontrés, avec également une utilisation pertinente des nouvelles technologies ?
- Comment allons-nous mettre à profit le temps libéré ?  Avons-nous entendu beaucoup de personnes se plaindre par le passé du fait qu’une machine fasse la lessive à notre place ?  N’est-il pas temps de travailler moins pour travailler tous ?
- Comment parvenir à ce que, et c’est probablement le plus grand défi, cette nouvelle étape ne soit pas seulement une question de rapport entre l’homme et la machine, mais également une question d’égalité entre femmes et hommes concernant l’accès et l’utilisation de ces nouvelles technologies ainsi que la répartition des différents temps (temps de travail, de vie et de loisirs) ?

 

 Ce sont ces questions qui constituent les défis syndicaux à relever pour ne pas simplement subir les évolutions liées au numérique.

 

 

Claude Lambrechts

Pour aller plus loin :

Le travail dans l’économie digitale : continuité et ruptures – Gérard Valenduc et Patricia Vendramin - ETUI 2016.03
Les impacts sociaux de la digitalisation de l’économie – Christophe Degryse - ETUI 2016.02
Les nouveaux robots vont-ils dévorer nos emplois ? Gérard Valenduc - Mensuel démocratie – mai 2016

Le numérique sous l’angle du genre – document UNIglobalunion – égalité des chances
L’humanité augmentée - L’administration numérique du monde – Eric Sadin – éditions l’échappée - 2013
Site : http://www.interface3.be

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