ING et BNP-Paribas-Fortis : entre dérives et résistances

 

Nous avons rencontré Giacomo Modaffari (BNP-Paribas-Fortis) et Massimo Alno (ING), qui reviennent sur les importantes négociations qui viennent de secouer leurs institutions. Ils répondent à nos questions.


Dans quel contexte se sont déroulées ces négociations ?

Giacomo Modaffari : Chez BNP-Paribas-Fortis, la direction veut avancer vers une banque plus numérique, et nous a menacés d’un scénario « à la ING ». Nous voulions absolument protéger l’emploi dans les agences, avec une priorité pour les plus jeunes, qui quittent leur job en nombre, pour se diriger vers d’autres banques, ou quittent carrément le secteur pour se diriger vers la chimie ou la pharmacie, où on leur offre de réelles perspectives.

Massimo Alno : ING nous a mis le dos au mur en annonçant une restructuration massive. Nous devions faire face à un plan de délocalisation, d’outsourcing, de flexibilisation… Tout cela sous prétexte de la concurrence et de la digitalisation, alors que le principal facteur est celui du rendement déraisonnable exigé par les actionnaires. Ils en veulent toujours plus.

 

Quelles sont les concessions douloureuses ?

GM : Nous avons dû accepter que les tranches de salaire supérieures à 4.700€ soient désormais payées en units. C’est une monnaie interne à la banque, utilisable pour toute une série d’avantages. Même si nous avons obtenu que cette manipulation du salaire n’impacte pas les prestations sociales ou les indemnités de licenciement, cela reste une défaite amère en matière de solidarité générale.

MA : Nous avons dû négocier un large volet de flexibilité (des horaires 8-20h, des ouvertures du soir et du samedi, et des horaires 8-22h au centre d’appel). Les conditions du plan social sont bonnes pour ceux qui partent, mais la flexibilité augmentera la pression sur ceux qui restent, pour qui la balance travail-vie privée risque de se déséquilibrer.

 

 

Quelles contreparties  avez-vous obtenues ?

GM : Nous avons réussi à négocier une garantie d’emploi, certes limitée, mais ce dont nous sommes le plus satisfait, c’est qu’une bonne partie des économies réalisées sera consacrée aux jeunes et aux salaires les plus modestes.

MA
: Le nombre des licenciements secs a été fortement limité et les conditions obtenues pour les départs anticipés sont plus que correctes. 
Mais quoiqu’on y obtienne, une négociation de restructuration n’est jamais satisfaisante.

 

Comment envisagez-vous l’avenir ?

GM : Je crains que ce ne soit pas le dernier plan. Des métiers vont disparaître du paysage bancaire et beaucoup d’emplois seront perdus. On a souvent dit que les employés étaient la force de la banque, mais « employé de banque » n’est plus une position d’avenir.

MA : Il y a une grande inquiétude. L’avenir du réseau est incertain. Il y a des délocalisations, notamment vers le Portugal. La négociation a aussi montré que, pour la direction, la réduction des coûts et l’augmentation de la flexibilité sont des priorités. Le secteur financier tout entier est en plein doute. Une prise de conscience est nécessaire pour rechercher de nouvelles voies, socialement acceptables.

 

 

Propos recueillis par Philippe Samek

 

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