La Commission veut moins d'austérité

 

La Commission européenne a récemment proposé une relance budgétaire, que les ministres des finances de la zone euro ont immédiatement refusée. La Commission dispose d’outils pour contraindre les Etats trop « austères », il reste à voir si elle les utilisera.



La Commission européenne recommande que la zone euro déclenche en 2017 un stimulus budgétaire de 0,5 % du PIB. Les Etats dont la situation budgétaire est bonne, comme les Pays-Bas, la Slovaquie, l’Allemagne…, devraient assouplir leurs budgets pour soutenir la croissance. Les Etats en moins bonne situation budgétaire, dont la Belgique fait partie, doivent quant à eux continuer à réduire leur déficit. Cependant, la relance dans les

 

Etats en excédent les aiderait à atteindre leurs objectifs budgétaires.

La demande de la Commission est importante car elle marque un triple changement. Tout d’abord, un changement de vision. Les économistes de la Commission prétendaient que l’austérité est bonne en soi ; ils commencent à comprendre que l’austérité tue la croissance et mine l’Union européenne. Deuxièmement, un changement de stratégie. Le levier principal pour tenter de soutenir l’activité est, depuis 2012, la politique monétaire. La politique de rachat massif des dettes publiques par la BCE a permis d’éviter l’éclatement de la zone euro, mais elle atteint aujourd’hui ses limites. La Commission demande donc aux Etats de prendre le relais et d’activer le levier budgétaire, celui des investissements publics notamment. Troisième changement, psychologique celui-là. Les événements récents (Brexit, élection de Trump…) ou futurs (risque de l’élection de Marine Le Pen aux présidentielles de 2017) inquiètent la Commission. Les politiques d’austérité poussent de nombreux citoyens à se jeter dans les bras de l’extrême-droite et de la droite populiste. Or ces partis sont, pour la plupart, anti-européens. En continuant sur la voie de l’austérité, le risque d’une faillite du projet européen se rapproche dangereusement.

 

La Commission osera-t-elle sanctionner l’Allemagne ?

Cependant, l’annonce de la Commission se heurte à des limites. Limite économique : un stimulus budgétaire de 0,5 % est largement insuffisant. La zone euro aurait besoin d’un stimulus bien plus important – de l’ordre de 4 % du PIB1 - accompagné d’une réindustrialisation des pays les plus en crise. Limite politique ensuite : la Commission propose, mais les Etats disposent, en tout cas quand il s’agit de relance budgétaire. En effet, les règles budgétaires européennes sont conçues pour sanctionner les Etats en déficit, pas pour sanctionner les Etats en excédents budgétaires. Les ministres des finances de la zone euro, en particulier l’allemand Wolfgang Schauble qui est le vrai patron de leur groupe, n’ont pas manqué de le rappeler à la Commission. Leur message est clair : premièrement, il n’y a pas d’excès d’austérité ; deuxièmement, la Commission n’a pas d’outil pour contraindre les pays en excédents à se relancer. Le match Commission-Etats membres semble donc devoir se solder par une défaite humiliante de la Commission. À ceci près que la Commission pourrait utiliser d’autres règles pour imposer son point de vue. Un règlement européen voté en 2011 permet ainsi de sanctionner un Etat ayant un excédent commercial2 dépassant 6 % du PIB. Or, au cours des 8 dernières années, l’excédent commercial allemand a dépassé, année après année, ce seuil des 6 %. Ces énormes excédents commerciaux viennent du fait que l’Allemagne importe très peu les marchandises des autres pays, parce que sa consommation intérieure est annihilée par les politiques d’austérité du gouvernement. Si l’Allemagne consommait et investissait normalement, le reste de la zone euro pourrait exporter davantage vers l’Allemagne, ce qui aiderait les autres pays à sortir de la crise. Comme les dirigeants allemands refusent, il faut passer à une méthode plus musclée. La Commission devrait ouvrir une procédure de sanction contre l’Allemagne pour excédents commerciaux excessifs. Il est toutefois peu probable que cela se produise. À moins que les politiciens européens trouvent enfin le courage de dire à l’Allemagne les vérités qu’elle ne veut pas entendre.

 


Etienne Lebeau

1 Soit l’excédent de la balance courante de la zone euro, qui représente son excès d’épargne.
 2 Techniquement, il s’agit de l’excédent de la balance courante, dont la balance commerciale constitue le principal élément. Un excédent commercial signifie que les exportations sont supérieures en valeur aux importations.

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