Cadres - Stress, burn-out à quand un droit à la déconnexion pour les cadres

 

« L’ordinateur portable, la tablette, le smartphone… Tous ces objets nous ont transformés en individus hyper-connectés, en contact permanent avec l’entreprise qui nous emploie. A toute heure du jour, du week-end ou de la nuit, des messages nous arrivent et demandent, dans ce monde où le temps s’est raccourci, des réponses  immédiates ». Voilà un discours qu’on entend de plus en plus souvent parmi les cadres et les employés.

En Allemagne, une entreprise comme VW coupe ses serveurs pendant la nuit, rendant impossible l’envoi d’e-mails par et à l’adresse d’une majorité de son personnel.

 En France, plusieurs organisations syndicales, dont la CGT et la CFDT, ont mené campagne pour introduire dans le code du travail un droit à la déconnexion. Même sur le banc patronal, la direction de Orange préconisait la mise en place d’un devoir de déconnexion, par la voie de chartes d’entreprises. Résultat des mobilisations : la loi El Khomri donne aux entreprises jusqu’à fin 2017 pour trouver des accords qui garantiront l’effectivité du droit au repos.

 

POUR

Laurent Berger : « Le droit à la déconnexion est absolument indispensable ! »

Pour Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT, « Le droit à la déconnexion est absolument indispensable, et il est à reconnaître dans des accords collectifs. Les modalités du droit doivent être adaptées dans les entreprises, et peut aller jusqu’à l’interdiction d’envoyer des e-mails dans certaines plages horaires, ou à dispenser de l’obli¬gation d’y répondre. Il faut permettre aux cadres de décider de fermer leur ordinateur, et de considérer que la journée est finie. C’est nécessaire si on veut qu’il y ait une vie en-dehors du travail ».

 

La Belgique est à la traîne. Aucune volonté de légiférer sur le droit à la déconnexion ne s’est encore manifestée. Pourtant, la multiplication des burn-outs devrait être considérée comme un signal d’alarme.

 

CONTRE

Bruno Colmant : « Le droit  à la déconnexion, c’est un pas trop loin ! »

Certains semblent cependant ne pas le comprendre.

 Pour l’économiste Bruno Colmant, introduire le droit à la déconnexion n’est pas possible : « Depuis 2000, notre productivité a augmenté de 25%, ce qui est énorme. 95% de ce gain de productivité provient de la digitalisation. Si on interdit une communication perméable entre vie privée et vie professionnelle, on va immanquablement, de manière collective, contracter le taux de croissance de notre économie ».

 

Voilà bien une déclaration qui montre l’urgence à exiger un changement radical de culture. On peut déjà poser la question du partage de ces gains : quelle part de ces gains de productivité a profité aux travailleurs ? Depuis 2000, on ne peut pas dire qu’une part significative des 25% dont parle Monsieur Colmant ait été transformée en amélioration du pouvoir d’achat, ni en réduction du temps de travail, ni en extension de prestations de sécurité sociale.

 Considérer que tout doit contribuer à la croissance est une conception radicale de l’économie, impraticable à long terme, sans perspective de contribution à résoudre les défis sociétaux d’aujourd’hui : défi du vieillissement, défi de l’intégration, défi du réchauffement climatique… Il est temps de remettre l’économie au service de l’homme, et non l’inverse.

 Sur la question de la déconnexion, la revendication n’est évidemment pas d’interdire la communication, mais bien de la réglementer. Le travailleur, cadre ou employé, doit avoir le droit et les moyens de protéger son temps privé.

 

 

Philippe Samek

Retrouvez cette thématique dans l’émission Question à la une du 2 novembre, sur rtbf.be/auvio !

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