L’école : nouvelle cible des gourous de la Silicon Valley

 

Cela fait longtemps que les gourous de la Silicon Valley ont annoncé la couleur : à l’instar de Trump – mais avec l’intelligence en plus – ils affirment que le monde du business est bien plus à même que les hommes politiques de diriger le monde.




Les dirigeants de Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix, Uber sont en train de prendre le contrôle de nos vies, nos modes de travail, notre santé, notre consommation, mais aussi de notre cerveau. Leur stratégie consiste à enfermer chacun d’entre nous dans une bulle, dont la trajectoire est fixée par des choix formatés par des algorithmes alimentés par les masses de données qu’ils accumulent sur nous. Le « risque » que nous options pour des choix qui sortiraient du profil qu’ils ont constitué pour nous est progressivement restreint et notre liberté réelle réduite, même si tout est fait pour que nous gardions l’illusion de rester libre. Rien ne nous interdit d’acheter POUR, mais tout est fait pour que nous en ignorions l’existence. Jusqu’à présent les gourous de la Silicon Valley visaient des adultes dotés d’un pouvoir d’achat. Mais ils ont découvert qu’en prenant possession des cerveaux des enfants, ils pouvaient capter un nouveau marché gigantesque et bénéficier d’une rente tout au long de la vie de ces enfants. Ils ont donc pris pour cible l’école primaire et secondaire, en commençant par développer leur stratégie aux Etats-Unis avant de s’attaquer au reste du monde. Entamée en 2012, la mainmise de Google sur l’école américaine est fulgurante: aujourd’hui plus de la moitié des écoliers américains utilisent du matériel et des logiciels Google pour leurs apprentissages.

 

COMMENT GOOGLE A CONQUIS L’ECOLE AMERICAINE

La stratégie de Google modifie complètement les objectifs de formation : la priorité est donnée à la résolution de problèmes plutôt qu’à l’apprentissage de connaissances et au développement d’un esprit critique. Cette stratégie fait fi du débat qui a toujours animé la communauté éducative : l’école doit-elle avant tout former des citoyens responsables dotés d’un savoir et d’une culture, ou fournir aux entreprises des travailleurs prêts à l’emploi ? Pour éviter ce débat, Google a court-circuité les institutions publiques qui organisent l’enseignement en s’adressant directement aux enseignants et aux directeurs d’écoles. L’entreprise a d’abord distribué massivement des portables appelés Chromebooks, puis elle a développé des applications, appelées Google Classroom, destinées à faciliter la tâche des enseignants. Elle a mis en place des Google Educator Groups où les enseignants échangent leurs idées sur la technologie, ce qui leur a permis de bénéficier gratuitement du travail de milliers d’experts qui ont contribué à améliorer leurs outils. Les responsables de la formation, régulateurs, ministres, parlements ou conseils municipaux ont ainsi été court-circuités et se sont trouvés acculés par les enseignants et leurs écoles à négocier avec Google.

 

UNE RENTE POUR LA VIE

Mais quel est l’intérêt de Google dans ce processus ? En accrochant les élèves à leurs produits, Google réalise un double objectif. Lorsque ces élèves quitteront l’école secondaire, ils convertiront leur compte d’étudiant en un compte Google personnel dont ils maîtrisent parfaitement les outils. Et Google aura accumulé pendant toute leur scolarité des informations personnelles sur ces élèves, ce qui leur permettra de cibler leur publicité dès leur entrée dans le monde adulte. Google s’offre donc une véritable rente de situation à peu de frais. Mais Google n’est pas seul sur le terrain de l’éducation. Les patrons de Facebook, Netflix, Salesforce, Microsoft et autres se sont eux aussi lancés à la conquête du cerveau des écoliers.

 

L’EUROPE, CAPABLE DE RESISTER ?

Les méthodes développées par les gourous de la Silicon Valley vont débarquer très rapidement en Europe. Afin de conquérir les cerveaux de nos enfants, leur stratégie consistera à « acheter » d’abord les enseignants et les directions d’écoles qui fonctionnent dans des conditions matérielles difficiles, et à leur proposer d’y installer le dernier cri de la technologie éducative. Ces enseignants pourront alors tester cette technologie pour en assurer ensuite la publicité auprès de leurs pairs. La seule manière de résister consistera, pour les enseignants, les directions d’école et les administrateurs de notre enseignement, à forcer un débat de fond sur les objectifs de la formation scolaire, afin de veiller à ce que demain notre enseignement ne serve pas uniquement à préparer des créateurs de start-up et des geeks des applications high-tech, mais qu’elle se préoccupe aussi et avant tout de former des citoyens responsables, dotés de savoirs et d’esprit critique, qui pourront contribuer chacun avec leurs compétences au bien-être de la société.

 

 

Michel Gevers du journal POUR

 

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