Caterpillar - Le bal des hypocrites

 

Voilà deux semaines que l’annonce de la fermeture de Caterpillar Gosselies s’est abattue sur les 5 ou 6000 travailleuses et travailleurs du site et de ses sous-traitants aux alentours. Depuis, pas un jour ne passe sans qu’un responsable politique ne s’exprime sur le sujet. Malheureusement, très souvent à côté de la plaque.



Chacun y va de sa proposition, prônant « l’union sacrée » pour faire front face au « drame social ». Union entre la Wallonie et l’Etat fédéral, union entre la droite et la gauche, union de tous les acteurs économiques, sociaux et culturels… Même Pieter Timmermans, le patron des patrons, a exprimé sa solidarité et appelé à la mise en place d’une task force, « comme on a fait à l’époque de la fermeture de Ford Genk. Il faut réunir les organismes de placement, le secteur public [ndlr : tiens, tiens, pour réparer les dégâts, le secteur public est efficace]… Parce que les collaborateurs de Caterpillar sont réputés, ils ont un bon niveau, sont qualifiés, bien formés, productifs [ndlr : Et si ce n’était pas le cas, il n’en vaudraient pas la peine ?]… il faut donc concentrer les efforts pour les intégrer au plus vite dans le marché du travail où il y a des demandes. La task force doit être le facilitateur entre l’offre et la demande [ndlr : la demande ? Quelle demande ?]. » Des employeurs comme Mehdi Bayat du Sporting de Charleroi, Eric Mestdagh (des magasins du même nom) ou la STIB ayant aussitôt embrayé, et proposé d’engager en priorité les Caterpilliens licenciés. Tant pis pour les autres demandeurs d’emploi, ils n’avaient qu’à être médiatisés, après tout.

 

 Mais de qui se moque-t-on ?

Côté politique, les propositions pleuvent aussi : reprise du site de Gosselies via une expropriation pour le PS Paul Magnette, réquisition de l’usine pour le MR Olivier Chastel, saisie exceptionnelle et immédiate sur le terrain et les outils de Caterpillar pour le PTB, obligation pour la direction de Caterpillar de s’expliquer devant la Chambre pour ECOLO, aménagement des crédits bancaires des travailleurs licenciés pour le PS Jean-Claude Marcourt, extension des pistes de l’aéroport sur le site de Caterpillar pour le CDH Maxime Prévot… Tout y passe, devant les caméras du moins, jusqu’aux idées les plus saugrenues.

 

Mais qu’en restera-t-il, de toute cette gesticulation politico-médiatique ? Voilà la question que 5000 familles se posent, depuis deux semaines. Car il y a effectivement des mesures à prendre côté politique, au niveau régional et au niveau fédéral, sans devoir attendre quoi que ce soit.

 

Ici et maintenant

La Région est compétente pour l’attribution des terrains aux nouveaux investisseurs. Elle pourrait donc prévoir la récupération du site sans condition si l’activité s’arrête. De même, la Région pourrait conditionner ses aides à la véritable création d’emplois, et récupérer ces aides en cas de défaillance de l’entreprise. Elle pourrait également faire payer à l’entreprise tous les frais liés aux cellules de reconversion et, enfin, protéger les travailleurs qui restent sur le carreau, une fois passés par la cellule, contre les sanctions chômage pour manque de disponibilité.

 

Quant à l’Etat fédéral, il pourrait supprimer les intérêts notionnels (5 milliards par an !) et conditionner les aides à la véritable création d’emplois. Récupérer les exonérations de cotisations de sécurité sociale des cinq dernières années pour tous les travailleurs licenciés pour des raisons purement financières. Rendre les licenciements plus difficiles. Renforcer la procédure Renault, contrairement à ce qui est prévu dans le programme du gouvernement Michel. Généraliser le régime de chômage avec complément d’entreprise (RCC ou ex-prépension) dès 50 ans (âge à partir duquel on fait partie des groupes à risques), en cas de restructuration ou fermeture pour des raisons financières.

 Sans oublier, à tous les niveaux, de refuser de ratifier les traités TTIP et CETA (lire en page 7), sans quoi les rares possibilités de s’opposer à l’agressivité des multinationales disparaîtraient.

 

 Voilà des mesures concrètes à prendre, dès aujourd’hui. C’est sur ce terrain que nous attendons nos responsables politiques. Nous nous chargeons, en tant qu’organisations syndicales, de la négociation avec la direction de Caterpillar, de limiter les dégâts. Bien sûr, le comportement de cette multinationale est abject. Mais il s’agit à présent de ne plus permettre aux suivantes de se comporter comme tel.


Julie Coumont

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