Salariés, indépendants, même combat ?

 

Salarié ou indépendant, choisis ton camp ? Ce n’est pas nécessaire : même si cette distinction est profondément ancrée dans nos esprits, c’est ailleurs qu’il faut chercher la véritable fracture de notre économie.


Les salariés sont des tire-au-flanc », « les indépendants fraudent comme ils respirent »… Qui n’a jamais entendu - ou tenu - ce genre de propos lors de dîners entre amis, dans les conversations de café ou même dans les publicités radio ? Les étiquettes sont telles que le statut d’une personne définirait forcément sa façon de travailler, son implication, ses convictions… voire sa personnalité toute entière.

 

 En Belgique, on compte un indépendant pour cinq salariés. Certes, les différences existent (voir ci-contre). Mais on peut considérer qu’elles constituent des différences plus « culturelles » qu’économiques.

 

 Tout d’abord, parce que peu importe leur statut, tous les travailleurs et travailleuses sont étroitement liés. L’emploi salarié comme l’emploi indépendant a besoin d’une économie saine, qui fonctionne grâce au pouvoir d’achat des citoyens et à des services publics assurés. On imagine mal, en effet, comment l’activité des indépendants pourrait se développer sans celle des salariés, et vice-versa.

 

 Ensuite, parce que l’évolution du marché du travail rend la frontière entre ces deux statuts de plus en plus floue. Contrats précaires du côté des salariés, statut de faux-indépendant, « ubérisation » du marché du travail… L’ampleur du phénomène est telle que la CNE et d’autres organisations de la CSC réfléchissent actuellement à la meilleure façon de représenter ces différentes catégories de travailleurs, quand bien même ils seraient « officiellement » sous statut indépendant.

 

 Ainsi, alors que l’on présente souvent les intérêts des indépendants et ceux des salariés comme contradictoires, il est évident que la véritable fracture se situe ailleurs : entre le travail, indépendant ou salarié d’une part, et le capital, d’autre part. Contrairement à ce qu’ils prétendent, nos gouvernements mènent, depuis des décennies, des politiques en faveur, non pas de l’emploi et de l’économie réelle, mais bien des grosses entreprises et de leurs actionnaires (lire encadré ci-dessous). Nous aurions donc tout intérêt, indépendants et salariés, à unir nos forces pour réclamer d’autres politiques, favorables à l’économie réelle, créatrices d’emplois, de valeur ajoutée et de bien-être.

 

Les PME : ça n’existe pas !

C’est sous ce titre provocateur que Les blogs de Politique dénoncent un « discours PME » à côté de la plaque partout en Europe. Alors qu’économistes et politiques présentent les petites et moyennes entreprises comme le tissu de nos pays, on assiste en réalité à une concentration des acteurs économiques, le secteur de la distribution en étant l’un des meilleurs exemples. Pourquoi donc ? D’après l’auteur, si la mouvance libérale présente les PME comme l’avenir de notre économie, et donc, le modèle à partir duquel il faut orienter les mesures politiques, c’est avant tout parce que le droit du travail et la protection sociale y sont bien plus faibles.


 La dominance des multinationales dans notre économie est pourtant implacable : « 50% de l’emploi wallon dépend des multinationales, directement ou via leurs filiales et sous-traitants. Ce n’est pas un hasard, mais un choix qui remonte au début du siècle passé, quand le gouvernement décide – déjà - de mener des « politiques d’attractivité », censées attirer des investisseurs étrangers sur notre sol », explique Bruno Beauraind, économiste chez Gresea. Depuis, alors que ces politiques n’ont jamais fait leurs preuves en matière de création d’emplois, les gouvernements successifs n’ont pas changé leur fusil d’épaule. « Même le plan Marshall, qui mise sur les grappes de PME autour des pôles de compétitivité, alimente en réalité les grosses entreprises étrangères. Si bien qu’aujourd’hui, nous sommes totalement dépendants des multinationales, sans levier de décision face à un actionnariat de plus en plus agressif. Car il faut bien comprendre une chose : une multinationale ne crée pas d’emplois. Au mieux, elle les utilise, le plus souvent, elle les déplace, mais jamais elle ne les crée. » Autre phénomène qui trouble les chiffres : s’il y a une augmentation du nombre d’indépendants, une partie de ceux-ci relèvent des faux indépendants, constitués en une « société d’une personne », pour raisons administratives ou fiscales, mais pourtant économiquement dépendants d’un seul donneur d’ordres.

 

En chiffres

En 2014, la Belgique comptait :
• 3.880.000 salariés
• 759.000 indépendants à titre principal
• 235.000 indépendants complémentaires
Source : Chiffres clés de 2015,Conseil supérieur de l’emploi.

Personalization

Votre navigateur web n'est pas supporté par le site de la CSC. Cliquez-ici pour installer une version plus récente.