Les sanglots longs du budget de l'automne

 

Octobre, c’est la saison de l’automne, des feuilles qui tombent et du changement d’heure. Mais c’est surtout la période où le gouvernement fait sa rentrée et présente son budget pour l’année suivante. Le gouvernement Michel-De Wever nous revient avec un budget 2017 qui rime avec recettes anciennes et indigestion garantie.



 Le budget 2017 est né dans la douleur mais dans la droite ligne des précédents présentés par le gouvernement : subir l’austérité, faire payer les citoyens, ne pas donner de perspectives pour l’Etat et rendre les prochains budgets encore plus pénibles.

 

Beaucoup d’économies sur le dos des citoyens

La majorité des 2,8 milliards d’euros que le gouvernement a trouvés provient d’économies sur le dos des citoyens : 58,1% du total (en rouge sur le graphique). Celles-ci touchent tous les services que le citoyen attend d’un Etat social, le plus grand poste d’économies étant dans le domaine des Soins de santé avec 902 millions d’euros de coupes. C’est autant l’accessibilité que la qualité des soins qui sont en péril avec un tel budget. D’ailleurs, fait rarissime, toutes les mutualités et tous les syndicats ont opposé un refus au budget de soins présentés par le gouvernement au Conseil général de l’Inami. Cependant, nul doute qu’il passera en force sur ce sujet. Le deuxième grand poste d’économies concerne les divers départements de l’Etat, avec 310 millions d’euros en moins. Le troisième poste d’économies concerne l’enveloppe bien-être (-161 millions) allouée au suivi des allocations sociales par rapport au coût de la vie. Le gouvernement avait en grande pompe annoncé qu’il augmentait cette enveloppe en début de mandat (en guise de monnaie d’échange partielle avec le saut d’index), mais il revient sur sa parole, démontrant le peu de cas qu’il fait des plus faibles. Enfin, le passage à la caisse des citoyens se finit par diverses mesures concernant la pension, le crédit-temps, les prépensions et l’aide à la coopération au développement (-337 millions).

 

Et quelques recettes

Côté recettes, le capital contribue enfin à l’effort budgétaire à hauteur de 16,7% (en bleu sur le graphique), par diverses mesures dont l’augmentation du précompte mobilier de 28% à 30%. Une tentative de répondre aux reproches d’iniquité dans les efforts. Mais tandis que le citoyen contribue à hauteur de près de 60% du budget, le capital reste toujours à la traîne et sans mesure spectaculaire (impôt sur les grandes fortunes par exemple). Le reste du budget est bouclé avec des recettes diverses (en mauve sur le graphique) à hauteur de 485 millions d’euros.

 

Un budget inefficace et injuste

Dans sa globalité, le budget ne répond pas aux critiques faites par les citoyens et les travailleurs. D’une part, il ne sort pas du cadre de l’austérité qui est responsable du manque de croissance. D’autre part, il n’est pas équitable car économise majoritairement sur le dos du citoyen et des services qui lui sont fournis. Ensuite, comme lors du tax shift et des budgets antérieurs, certaines recettes sont chiffrées de manière hasardeuse : les recettes par la contribution sur le capital risquent d’être plus faibles qu’attendues, alors que les économies sur le dos des citoyens se feront à coup sûr. Le gouvernement fera donc encore d’autres économies sur le dos des citoyens à l’avenir…

 

 

Nabil Sheikh Hassan


Passez trois fois à la caisse

Parallèlement au budget, le gouvernement Michel a présenté sa réforme de la loi encadrant les salaires (Loi de 1996) et de la loi travail (Loi Peeters). Des deux côtés, le gouvernement a cédé aux revendications patronales : des négociations salariales encore plus strictes, qui entraîneront de facto un gel des salaires pour les 10 prochaines années au moins, et une flexibilité imposée qui consistera, pour les travailleurs, à travailler plus, pour gagner moins, à la merci de leur employeur.

 Ce n’est certainement pas cela qui amènera à la Belgique « Jobs, jobs, jobs ». Ces deux projets donnent l’impression que les travailleurs passent trois fois à la caisse : avec le budget, en diminuant les Services publics, avec la loi Peeters qui offre la flexibilité au patronat et, enfin, à l’avenir, en cadenassant les augmentations salariales.

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