AXA et ING ouvrent le bal des restructurations

 

Jusqu’à la crise des subprimes en 2008, le secteur de la finance offrait un refuge pour l’emploi, tant en volume qu’en qualité. Malheureusement, ces temps apparaissent aujourd’hui bien éloignés.


Depuis 2008, plus ou moins 20.000 emplois ont été supprimés dans le secteur. Les employeurs ont usé jusqu’à la corde tous les systèmes permis par l’ingénierie sociale : prépensions, crédits-temps, mises en disponibilité…  L’objectif était que les choses se passent dans la discrétion, essentiellement pour maintenir l’image de marque.

 

 Mais aujourd’hui, AXA et ING ont annoncé des procédures Renault et des licenciements secs. Avec P&V et bientôt Crelan, ce sont 5.000 emplois qui vont disparaître dans l’immédiat. Et si on en croit la direction de Deutsche Bank Belgique, 20.000 autres emplois seront encore gommés du secteur, dans notre pays, dans les 15 prochaines années.

 

D’où vient l’hémorragie ?

Les employeurs du secteur justifient cette hécatombe par plusieurs raisons : les taux bas, les mesures de régulation et de taxation, et enfin, l’accélération de la digitalisation. Tous ces facteurs sont effectivement à l’œuvre, mais il faut en ajouter deux : l’exigence déraisonnable d’une rentabilité souvent à 2 chiffres et un rapport de forces défavorable au salariat. S’ils avaient eu lieu dans les années 60, lorsque les travailleurs avaient plus de poids, les gains de productivité obtenus grâce à la digitalisation auraient été transformés, au moins partiellement, en augmentation de salaire et en diminution du temps de travail !

 

 Longtemps active dans le réseau Finance Watch, Aline Fares dénonce également le système financier mondial : malgré la crise, malgré les annonces politiques sur la régulation ou la séparation des activités bancaires, il y a toujours aujourd’hui, au niveau mondial, trente banques systémiques, too big to fall, dont deux tiers de l’activité ne servent pas l’économie réelle. Environ 1.700 lobbyistes défendent leurs intérêts auprès des 60 députés européens du comité économique. La législation produite depuis 2008 est illisible, complexe, compilant des micro-textes spécifiques. Il y a un réel problème dans la production législative qui fait que l’intérêt général n’est pas pris en compte. En Europe, 20 banques occupent ¾ du marché avec pour seul objectif la maximalisation du profit à court terme. Tant que ce sera comme ça, la finance ne participera pas à relever les défis généraux comme ceux du climat, de l’emploi ou du vieillissement.

 

 C’est doublement anti-démocratique. Ces banques ont un pouvoir exorbitant de chantage à l’emploi, à la délocalisation et à la fiscalité. De plus, comme elles maîtrisent le crédit, elles monopolisent de facto la fonction politique d’autoriser le développement de projets.

 

La cause n’est pas totalement perdue

A court terme, il n’y a pas de solution. Par manque total d’anticipation du patronat du secteur et des responsables politiques, la casse sociale est inévitable. Nous pourrons juste nous battre pour obtenir les meilleures indemnités de sortie.

C’est pourquoi il faut militer pour un changement radical de politique. La finance ne peut pas servir qu’à faire des bénéfices, sinon elle va tuer l’économie. Il faut donc soutenir une campagne comme « Belfius est à nous » (lire ci-dessous), et promouvoir des projets comme la NewB (www.newb.coop/fr). Revendiquer la mise sur pied d’une banque publique et proposer un modèle de banque coopérative sont en effet essentiels pour remettre la finance au service des gens et de l’économie réelle.

 

Philippe Samek

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