Le gouvernement n'aime pas les femmes

 

Elles représentent la moitié de la population. Une personne sur deux. Une proportion visiblement dérisoire aux yeux de nos deux derniers gouvernements à la suite de l’équipe Di Rupo, le gouvernement Michel renforce les mesures qui pénalisent en premier lieu les femmes. Cibles ou victimes collatérales, le résultat est le même : l’égalité entre les femmes et les hommes ne dépasse toujours pas le stade des bonnes intentions.


C'est un fait : les femmes sont en moyenne plus pauvres que les hommes.1 Malgré les nombreuses lois en matière d’égalité, elles restent discriminées, dans la société en général et sur le marché de l’emploi en particulier. Exemples : l’écart salarial entre les hommes et les femmes dans notre pays est toujours, en 2014, de 22%, et l’écart de pension, de 29%.

 

Cette précarité féminine est renforcée par les politiques menées ces dernières années par le gouvernement précédent (Di Rupo) et le gouvernement actuel (Michel). De nombreuses mesures frappent en effet en premier lieu les femmes, avec ou sans emploi.

 

Le gouvernement Michel avait pourtant déclaré pile l’inverse, au moment de son arrivée au pouvoir : « Une des pierres angulaires du gouvernement sera la meilleure prise en compte du genre dans l’emploi : par une attention particulière en matière d’écart salarial, de conciliation vie privée et professionnelle, de lutte contre le plafond de verre et plus globalement sur la ségrégation tant verticale qu’horizontale du marché de l’emploi etc. ». De bonnes intentions ? Rien n’est moins sûr ! Mois après mois, nous constatons que le gouvernement Michel agit totalement à contrario des principes ou perspectives égalitaires qu’il énonce.

 

Les Femmes CSC ont fait le tour des décisions qui détériorent le plus les conditions de travail et de vie des femmes. Des mesures que nous continuons de dénoncer et de combattre, en priorité.

 

 

Limitation des allocations d’insertion


Public visé : 65% de femmes

Depuis le 1er janvier 2015 se concrétisent les premières exclusions des allocations d’insertion. Ces allocations étaient accordées aux demandeurs d’emploi qui n’avaient pas encore (suffisamment) travaillé pour bénéficier des allocations de chômage (sur base des études), en majorité des femmes. En 2012, le gouvernement Di Rupo a décidé de limiter l’octroi de ces allocations à 3 ans, peu importe les évaluations positives de l’ONEm. Résultat : des milliers de personnes perdent, depuis le 1er janvier 2015, leurs allocations d’insertion. Et ce n’est pas faute d’avoir recherché activement de l’emploi, d’avoir répondu positivement au dispositif d’activation des chômeurs de l’ONEM, d’avoir été disponibles sur le marché de l’emploi, d’avoir travaillé mais jamais suffisamment dans la période de référence ou d’avoir travaillé en ALE.

 

La limitation de l’âge, décidée par le gouvernement Michel cette fois, diminue encore l’accès aux allocations d’insertion. Cette mesure risque de recréer des liens de dépendance de jeunes femmes vis-à-vis de leur partenaire. Des témoignages nous sont rapportés en la matière. 

 

 

Augmentation du travail  à temps partiel

 
Public visé : 78% de femmes

Le gouvernement Michel a l’intention de « moderniser le marché du travail et les carrières », en simplifiant la réglementation. Comprenez : une organisation du travail et du temps de travail plus flexible, qui rendrait les règles encore moins contraignantes pour les employeurs, notamment pour le temps partiel. Avec, bien entendu, un nouveau modèle de carrière offrant aux entreprises plus de souplesse… qui amène toujours les travailleuses et travailleurs aux pires contorsions. Aujourd’hui déjà, 44% des travailleuses n’ont pas de temps plein, contre 9% des hommes.


Et pour faire plus mal encore, le gouvernement Michel a décidé de réduire drastiquement l’allocation de garantie de revenu, mieux connue sous le nom AGR, qui permet aux travailleurs à temps partiel involontaire de compléter leur très petit salaire. Alors que nous savons qu’il est particulièrement difficile de trouver un emploi à temps plein dans certains secteurs, car les employeurs préfèrent jongler avec deux personnes à temps partiel. Et que combiner plusieurs morceaux d’emploi n’est pas plus évident, vu la flexibilité des horaires… Autant dire qu’encore une fois, on sanctionne les victimes d’un système dont seuls les employeurs profitent.

 

Ces mesures prises en rapport avec l’AGR sont particulièrement dures pour les femmes : 78% des bénéficiaires de l’AGR sont en effet des femmes, dont 51% sont cheffes de ménage. Il faut tout mettre en œuvre pour éviter la mise en application de la deuxième phase, prévue pour 2017, qui consiste à réduire encore de moitié, au bout de deux ans, le montant de l’allocation. 

 

Disponibilité  et emploi convenable

 En matière de disponibilité, les demandeurs d’emploi ne peuvent refuser ce qu’on appelle un « emploi convenable », sous peine d’être sanctionnés. La définition de cet emploi convenable a été élargie. Désormais, vous ne pouvez refuser un emploi éloigné de moins de 60 km (au lieu de 25 précédemment) et nécessitant moins de 4 heures de trajets. 

 

A nouveau, cette mesure touche majoritairement les travailleuses. Les problèmes de mobilité des femmes ne sont pas neufs. Elles sont moins nombreuses à disposer d’un véhicule que les hommes. Leurs trajets ne sont pas linéaires : c’est en effet souvent elles qui doivent passer par la garderie, l’école ou les courses. Elles sont plus utilisatrices des transports publics. Or, le gouvernement a également décidé de couper dans les budgets de ces services collectifs…

 

 

Restrictions pour les crédit-temps

 Le crédit-temps sans motif ne sera plus indemnisé et assimilé, même à 4/5e temps. De nombreuses femmes y ont pourtant recours pour faire face à des situations délicates (proche ou enfant malade, par exemple) après avoir épuisé leurs quotas dans toutes les autres formules de congés. De manière générale, en effet, les statistiques de l’ONEM indiquent que les femmes sont majoritaires à prendre le crédit-temps et aussi les congés thématiques. Avec ses restrictions, le gouvernement Michel complique ainsi encore un peu plus la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle.

 

 

Réforme des pensions

 Les femmes ont en moyenne des pensions plus basses que celles des hommes : 59% des pensionnées reçoivent d’ailleurs moins de 1000 euros par mois, contre 33% des hommes à la retraite. Des données européennes nous indiquent que l’’écart de pension entre les hommes et les femmes est de 29% dans notre pays. Cette écart existe pour différentes raisons : les femmes ne sont pas dans les mêmes secteurs d’activité que les hommes, elles ont des rémunérations moins élevées que celles des hommes - l’écart salarial est toujours de 22% en Belgique - elles travaillent à temps partiel, elles interrompent leur carrière pour s’occuper de la famille, les périodes d’interruption ne sont pas toujours assimilées etc.

 

La réforme des pensions est toujours en cours de discussion, mais l’allongement des carrières de 65 à 67 ans, a déjà été décidé par le gouvernement Michel. Cette mesure pénalise particulièrement les femmes, dont la carrière comptabilise en moyenne 35 ans, pour toute une série de raisons évoquées ci-dessus (elles recevront donc une plus petite pension encore). Pour le reste, rien n’est encore fixé, mais les projets du gouvernement sont loin d’être rassurants. L’idée générale est de « valoriser davantage les années travail », ce qui laisse craindre une remise en question des assimilations, notamment. Les carrières des femmes, en moyenne moins constantes et linéaires que celles des hommes, risquent donc d’être une fois de plus pénalisées.  

 

 

Diminution de la durée d’hospitalisation maternité


Public visé : 100% de femmes ;O)

Le gouvernement compte réduire les frais hospitaliers liés à l’accouchement en réduisant la durée moyenne d’hospitalisation lors d’un accouchement « normal ». Il s’agit d’une tendance européenne. Le Conseil de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes indiquent que le budget de l’INAMI/soins de santé prévoit, pour ce poste, une réduction des dépenses de 11.730.000 € pour 2015. Le gouvernement évoque que cette mesure sera assortie d’aides spécifiques à domicile (sage femmes, kiné, titres-services etc.) mais rien n’est moins sûr dans le contexte actuel.  

 

Démantèlement des services publics

 Les coupes sombres dans le secteur public, aux différents niveaux de pouvoir (fédéral, régional, communautaire, provincial ou communal), ont un double impact sur les femmes. D’une part, les femmes sont largement employées dans ce secteur (la diminution des effectifs a des conséquences sur l’emploi des femmes) et, d’autre part, les femmes sont les premières utilisatrices de services publics.

 


D’après un article de Patricia Biard

 

1 Taux de risque de pauvreté, statistic Belgium, 2013. 15.5% femmes - 14,6% hommes.

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