Et si la flexibilité rimait avec la RTT ?

 

La semaine des 45 heures pour le même salaire, ça vous tente ? Peu importe, on ne vous demande pas votre avis. Enfin… c’est ce que voudrait le gouvernement Michel et son ministre de l’Emploi Kris Peeters. De notre côté, nous avons une meilleure idée.

Après s’être attaqué aux salaires, aux pensions, aux prépensions, au crédit-temps, aux malades et aux chômeurs, le gouvernement Michel a décidé de s’attaquer à la régulation du travail. Le ministre de l’Emploi Kris Peeters a en effet annoncé une réforme de la loi sur le travail, qu’il compte mettre en place d’ici janvier 2017. Prétextant un besoin de flexibilité des entreprises pour créer de l’emploi, la loi Peeters n’a qu’une seule ambition : faire sauter toutes les règles qui protègent notre temps de travail, contre l’arbitraire de l’employeur et les inégalités entre les collègues.

 

Les entreprises n’ont pas besoin de flexibilité

Pour la simple et bonne raison qu’elle existe déjà ! Toutes les entreprises peuvent en effet organiser une petite flexibilité, en prévoyant des semaines plus lourdes (jusque 45h/semaine et 9h/jour), compensées par des semaines plus légères. Il est également possible d’organiser une grande flexibilité, avec des journées de 12 heures, des semaines de 7 jours et du travail de nuit autorisé. Enfin, certains secteurs organisent leur flexibilité sur mesure : on peut ainsi travailler jusque 11h/jour et 50h/semaine dans les hôpitaux, dans les usines avec travail en équipes successives, dans le secteur de l’aide sociale… Et le travail à feu continu permet de travailler jusque 12h/jour si l’outil de travail ne peut être arrêté, comme dans un haut fourneau, par exemple.

 

 Ainsi, le calcul du temps de travail peut se faire sur la semaine, sur le mois, sur le trimestre ou sur l’année dans n’importe quelle entreprise. Il peut même se calculer sur six ans dans le secteur de la construction automobile ! Et ce n’est pas tout, des dérogations ponctuelles existent pour faire face à l’imprévu : les heures supplémentaires sont permises partout, moyennant l’autorisation ou au minimum l’information de la délégation syndicale. Par ailleurs, le travail est déjà complètement dérégulé pour la plupart des temps partiels à horaire variable, avec des horaires très différents de semaine en semaine si le temps de travail contractuel est respecté en moyenne.

 

 Des garde-fous…

  Toutes ces possibilités de flexibilité, qui sont donc potentiellement infinies, ont tout de même leurs garde-fous. Jusqu’à présent, l’employeur doit négocier collectivement la flexibilité avant de la mettre en place, pour éviter l’arbitraire et assurer l’égalité entre les travailleurs. Il doit également la rémunérer,  car un effort supplémentaire du travailleur mérite un salaire adéquat. Enfin, lorsqu’on dépasse 38h/semaine en moyenne (ou moins si le secteur ou l’entreprise a procédé à une réduction collective du temps de travail), des jours de congé sont récupérés.

 

… que le gouvernement veut faire sauter

Qu’est-ce que la future loi sur le travail permettrait si le projet du ministre Peeters passe ? C’est simple : tous ces garde-fous sautent. La flexibilité s’imposera à tout le monde sans négociation, ne sera plus rémunérée et l’employeur pourra vous imposer jusqu’à 6% de temps de travail en plus sur l’année sans sursalaire. Vous souhaitez un aperçu concret de l’ampleur de ce projet de loi ? Regardez dans le tableau ci-dessous !

 

L’opportunité d’une véritable flexibilité

Bien entendu, tout n’est pas à jeter quand on parle de temps de travail. Une flexibilité à la mesure des travailleuses et travailleurs, répondant à leurs besoins légitimes, est nécessaire. Les possibilités de travailler en horaires flottants ou d’autoriser le télétravail occasionnel, lorsque cela est possible dans le travail, sont plébiscitées.

 

La possibilité d’avoir une autonomie dans l’organisation de son travail, qu’elle soit individuelle (je peux choisir les périodes plus intenses et plus « cool ») ou collective (chaque équipe peut s’organiser sans imposition par la ligne hiérarchique), est également une valeur à défendre. Pour que cette valeur n’amène pas l’arbitraire de l’employeur ou l’inégalité entre collègues, c’est la concertation et la négociation collective qui permettront de l’encadrer et de la rendre la plus effective.

Enfin, si on prend un peu de recul, comment ne pas voir la profonde inégalité dans la répartition actuelle du travail ? Entre celles et ceux qui travaillent « plein pot », qui travaillent donc trop en quantité et en intensité, et les autres, qui n’ont pas d’emploi ou pas d’emploi décent, il y a une voie qui partage le travail disponible : celle de la réduction collective du temps de travail.

 

 La RTT est la politique la plus efficace et la moins coûteuse pour réduire significativement le chômage. C’est aussi la politique qui permet le mieux d’harmoniser sa vie privée et sa vie professionnelle. Grâce à la réduction collective du temps de travail, on peut penser une réorganisation du travail qui allie flexibilité, partage du travail disponible et amélioration de la qualité de vie dans le travail et, surtout, hors du travail.

 

 Une loi qui permettrait de discuter de cette transformation positive du temps de travail, où entreprises et travailleurs peuvent chacun y trouver leur compte, est possible. C’est une question de choix politique. Faisons le pari que le gouvernement retrouve la raison et permette une réelle négociation collective qui élargit le débat, plutôt que d’enfoncer un peu plus encore nos droits… et nos aspirations.


16-05-02 Flexibilité Tab

 

A l’instar de la mobilisation contre la Loi travail en France, une pétition pour refuser la réforme du ministre de l’Emploi Kris Peeters a été lancée. Découvrez-la et signez-la sur www.loipeeterswet.be.

 

Vous êtes militante ou militant CNE et vous souhaitez informer vos collègues ? Retrouvez toutes les informations ainsi que les outils de mobilisation dans la partie Mobilisation du site Militant

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