" La démocratie a besoin de services publics forts "

 

Au moment d’écrire ces lignes, la grève dans les prisons ne semble pas s’essouffler, le rail est paralysé, le personnel des Finances et les enseignants sont plus qu’inquiets et la journée de grève du 31 mai se prépare activement. Mais que se passe-t-il ? Pourquoi la mobilisation gagne-t-elle ces services les uns après les autres ? Décodage avec Alphonse Vanderhaeghe, secrétaire général de la CSC Services publics, qui représente une partie de ces secteurs.

Les agents pénitentiaires entament leur 6ème semaine de grève ; c’est très long pour une action qui fait perdre de l’argent aux travailleurs et crée de vives tensions… Doit-on parler de détermination ou de désespoir ?

 

D’abord de détermination. La revendication des agents pénitentiaires est tout à fait basique : ils veulent améliorer leurs conditions de travail. Comment ? En ayant du personnel en suffisance pour faire leur métier et en aménageant leur temps de travail de façon à avoir encore une vie de famille convenable. Ils ne demandent pas un euro de plus mais simplement qu’on remplisse leur cadre. En 2014, on avait estimé qu’il fallait 7222 agents dans les prisons. Aujourd’hui, on est descendu à 6700 gardiens. Il manque donc un demi-millier d’agents sur le terrain, pour remplir des tâches à caractère humain. Alors qu’ils sont là pour participer à la réinsertion des détenus, un rôle essentiel pour la société, ils n’ont plus la capacité de le faire.

 

 

Depuis le début du conflit, il y a une différence de mobilisation entre le nord et le sud du pays. Pourquoi ?

En Flandre, les prisons ont été mieux entretenues et les besoins rencontrés depuis quelques temps, donc ils sont moins criants. Ce n’est pas pour autant que les problèmes n’existent pas du côté néerlandophone. Sur de nombreux points, la situation est assez semblable, mais les prisons flamandes ont déjà testé le nouveau système, qui consiste à faire mieux avec moins, et l’ont plus ou moins adopté. La perception est donc clairement différente.

 

 

La situation des détenus est encore plus difficile lorsque les prisons sont en grève… Où en est le soutien de leurs familles ?

Il ne faiblit pas… D’autant que les aides humanitaires ont enfin pu arriver sur place et améliorer les conditions de vie des détenus. Je pense que les familles ont bien compris que la lutte des gardiens de prison sera, si elle est gagnée, favorable aux détenus et leur permettra d’avoir de meilleures conditions de détention. Il y a également un soutien de tout l’appareil judiciaire, lui aussi touché par la situation : les juges, les corps de sécurité, de multiples parties du SPF Justice… Ça fait du bien.

 

 

Effectivement, la mobilisation gagne tous les services publics… Les raisons et les revendications sont-elles les mêmes ?

Oui. Le gouvernement n’a qu’un seul et unique objectif pour l’ensemble de la fonction publique fédérale : faire des économies budgétaires drastiques, à savoir 10%. Or, pour faire fonctionner des services publics de valeur, il faut des moyens, financiers et humains. Nous exigeons donc l’arrêt de ces coupes sombres. Nous demandons également le respect du statut des fonctionnaires. Le gouvernement les présente comme des privilégiés, alors que tout ce qu’ils ont obtenu dans leur statut est une compensation, pour leur salaire plus bas que dans le privé, l’absence d’avantages comme les chèques-repas et les assurances complémentaires… Détricoter le statut des fonctionnaires, c’est détricoter toute la fonction publique. Sans oublier que ces mesures s’ajoutent aux mesures générales qu’a prises le gouvernement. Pour ne prendre qu’un exemple, non seulement ils accéderont à la pension à 67 ans au lieu de 65, comme tous les travailleurs, mais en plus, le montant de leur pension sera diminué, en tant que fonctionnaires.

 

 

Les actions des services publics passent pourtant souvent mal auprès des gens…

C’est vrai, on a une image négative et c’est un paradoxe. Par exemple, lors des attentats de Bruxelles, les premiers intervenants étaient des agents des services publics : la police, les services de secours, les pompiers, les hôpitaux publics… Le secteur public n’est pas un acteur économique au sens propre du terme : on est là au service du public, et non pas pour rapporter directement de l’argent à l’Etat. Mais l’activité économique des autres secteurs serait impossible sans les services publics, qui assurent l’ossature même de l’Etat. Et, plus important encore, la démocratie : imaginez notre pays si les pompiers, la police, l’enseignement, la justice, les finances... étaient privatisés ! Défendre des services publics forts, c’est un gage démocratique et un gage d’impartialité.

 

 

Propos recueillis par Julie Coumont

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